Li Ning porte la flamme éternelle

Blake Abbie s’entretient avec le prince de la gymnastique au sujet de son héritage sportswear.

  • Entrevue: Blake Abbie
  • Photographie: Ken Ngan

Aux Jeux Olympique de Pékin de 2008, personne ne s’est étonné de voir le gymnaste Li Ning représenter le pays et marquer le début des Jeux en allumant la vasque. Surnommé prince de la gymnastique après les Championnats du monde de gymnastique de 1982 à Zagreb, où il remporte toutes les épreuves à l’exception d’une, le Chinois frappe encore aux JO de Los Angeles de 1984 en raflant un nombre record de médailles pour un athlète en solo. En 1990, ce statut de héros national du sport conduit tout naturellement Li Ning à lancer sa propre ligne de sportswear, baptisée Li-Ning.

C’est enfant que j’entends parler de la marque pour la première fois, au cours d’un voyage en Chine: pays natal de ma mère, et hôte d’innombrables boutiques Li-Ning. C’est LE sportswear national de facto, présent dans chaque centre commercial et sur chaque rue marchande.

À Pékin, toutes les générations portent les vêtements et chaussures Li-Ning, conçus pour accompagner le tai-chi matinal au parc comme les parties de basket à la sortie des classes. La marque habille aussi des athlètes professionnels, entretient des partenariats avec des équipes nationales chinoises et sponsorise des sportifs à l’international. Fan de basket, la Chine compte presque autant d’adeptes de ce sport que les États-Unis ne comptent d’habitants – donc, rien d’étonnant à ce que Li-Ning joue sur les terrains de la NBA et la CBA locale. Déjà partenaire officiel de la Chinese Basketball Association (CBA), Li-Ning signe des accords de commandite avec certains des meilleurs joueurs de la NBA, dont Shaquille O’Neil et Dwyane Wade, elle appâte d’ailleurs ce dernier avec un contrat à vie et l’occasion de créer sa propre marque. Jadis axée sur la performance technique, la ligne tend peu à peu vers une démarche esthétique plus marquée.

En février 2018, Li-Ning présente sa Premium Collection à la New York Fashion Week. L’équivalent chinois de Nike ou d’adidas y propose des looks davantage conçus pour la ville que pour les matchs de foot. Trois saisons plus tard, Li Ning et le chef de produit Hong Ru Yu retracent les origines de cette dernière-née et nous partagent leur vision du futur.

Le modèle (gauche) porte blouson Li-Ning, pantalons Li-Ning et baskets Li-Ning. Le modèle (gauche) porte manteau Li-Ning, pantalons Li-Ning et baskets Li-Ning.

Blake Abbie

Ni-Ling (LN) and Hong Yu Ru (Hong)

Tu as fondé Li-Ning après t’être retiré de la gymnastique. Qu’est-ce qui t’a motivé à créer ta propre marque?

LN: J’avais envie que les athlètes chinois puissent porter des vêtements et des chaussures d’une marque nationale aux événements sportifs internationaux les plus importants

À quel moment t’es-tu dit: «ça y est, j’ai réussi»?

LN: En 1992, on a sponsorisé l’équipe chinoise aux JO d’été à Barcelone. C’était formidable de voir les athlètes en compétition vêtus de Li-Ning. Je suis très satisfait de la croissance globale de la marque, plus particulièrement de notre évolution actuelle qui implique une stratégie à long terme. Actuellement, il y a plus de 7000 boutiques Li-Ning dans le monde, majoritairement situées en Chine.

C’est incroyable! Et comment les consommateurs chinois perçoivent-ils Li-Ning?

HONG: Ça fait 29 ans que nous sommes dans l’industrie, la clientèle chinoise nous connaît depuis longtemps.

LN: Mais les perceptions ont changé récemment. Les jeunes qui ont grandi avec Li-Ning se sentent maintenant très impliqués et stimulés par ce qu’on fait aujourd’hui.

HONG: Certains disent que Li-Ning représente la Chine, j’aime bien l’idée et j’espère qu’ils s’identifient à la marque. Le monde est connecté par le web, et le consommateur chinois se montre radicalement plus curieux envers la mode et le streetwear depuis quelques années. De nos jours, les Chinois tiennent à soutenir des marques nationales, parce qu’ils les aiment et trouvent leurs produits exceptionnels.

En vedette dans cette image : t-shirt Li-Ning et t-shirt Li-Ning.

En vedette dans cette image : t-shirt Li-Ning et t-shirt Li-Ning.

C’est logique, mais comment croyez-vous que la clientèle internationale perçoit Li-Ning?

HONG: Je dirais que pour certains clients en dehors de la Chine, l’identité de Li-Ning n’est peut-être pas si claire…

LN: Parce qu’ils viennent tout juste de découvrir la marque. Mais il y a une forte curiosité, particulièrement de la part de l’industrie de la mode et du streetwear et de leur clientèle.

HONG: Il y a huit ans, on a commencé à vendre à l’international – on a maintenant 30 boutiques à l’extérieur de la Chine. Et, au cours des deux dernières années, on a présenté notre Premium Collection aux Fashion Weeks de New York et de Paris.

Pouvez-vous me parler davantage de la Premium Collection? Qu’est-ce qui vous a poussé à la créer?

HONG: On est foncièrement une compagnie de sportswear: tous nos produits sont inspirés par les sports ou leur font référence, notamment les sports de rue comme le basket, le skate ou le BMX. Je dis toujours que Li-Ning n’a pas changé. On dit qu’avec la Premium Collection, maintenant on fait du streetwear, mais c’est ce qu’on faisait déjà: des pièces empreintes d’éléments chinois contemporains et influencées par la mode.

Le streetwear et la mode ont donc toujours fait partie de votre ADN.

HONG: Selon moi, ces deux univers sont interconnectés et s’influencent mutuellement d’une manière novatrice. On a d’excellents produits techniques de performance, mais on s’est rendu compte qu’aujourd’hui la fonction ce n’est pas tout. On y a donc intégré des références stylistiques. De la même façon, on s’assure que nos pièces de streetwear possèdent une forte identité athlétique et de marque. Le sportswear est à la mode en ce moment. On a conclu que Li-Ning, en tant que marque chinoise vieille de 30 ans, apporte un point de vue différent à ce sujet: c’est ce qu’on veut montrer.

Oui, c’est censé marier performance et style. Comment décririez-vous le point de vue chinois de Li-Ning?

HONG: Je dirais que nos inspirations vont de l’histoire et la culture chinoises traditionnelles au milieu urbain, très futuriste et moderne. Il y a aussi une forte influence de la culture des jeunes à l’échelle mondiale, connectée par le web. Des célébrités, des médias et de la culture pop, entre autres. On essaie de refléter ça dans nos nouveaux produits haut de gamme.

Et quant à l’Occident, croyez-vous que la perspective soit différente là-bas?

HONG: L’influence de l’histoire européenne et américaine, de la géographie, de la culture pop, etc., tout ça crée une esthétique distincte. Aujourd’hui, ces identités visuelles se mêlent grâce aux échanges culturels issus du web et de l’accessibilité aux voyages.

Que souhaitez-vous pour le futur de Li-Ning?

LN: Je voudrais que Li-Ning montre sa force au monde.

Le modèle (gauche) porte blouson Li-Ning. Le modèle (droite) porte manteau Li-Ning et sac Li-Ning.

Le modèle porte manteau Li-Ning.

En vedette dans cette image : manteau Li-Ning et manteau Li-Ning.

Le modèle porte manteau Li-Ning.

  • Entrevue: Blake Abbie
  • Photographie: Ken Ngan
  • Styliste: Sylar Lu
  • Modèles: Hongyu Wang (China Bentley Models), Yifan Ni (Longteng Models)
  • Maquillage: Mihua
  • Coiffure: Yanye
  • Traduction: Andréanne Marchand Godbout
  • Date: 18 novembre 2019