Étude de marché: blouson aviateur noir et blanc Teddy de Saint Laurent

Pour Michael Arceneaux, nous sommes tous dignes de porter quelque chose de beau

    Quand j’étais petit, il n’y avait pas grand-chose que je voulais plus qu’un blouson Starter. Deux en particulier: celui des Charlotte Hornets, en turquoise classique, et celui de l’Orlando Magic, en noir avec des marques bleu foncé et blanches. Je refusais peut-être de voir bien des choses à l’époque, mais mes couleurs, je les connaissais, et je les acceptais.

    Les blousons Starter avaient quelque chose de cool au début des années 90; ce quelque chose de «cool», je le comprendrais plus tard, était aussi un statut social. Il fallait avoir les moyens pour s’offrir le droit de frimer, pour avoir une certaine apparence – des trucs dispendieux, et tout ce qui a le potentiel de suggérer une supériorité aux autres.

    Mes blousons et manteaux venaient des grands magasins de rabais. Les vêtements étaient… pas ça. Ils n’étaient pas comme ceux que les autres enfants portaient à l’école. Quand j’ai commencé à travailler et que j’ai eu les moyens de faire de meilleurs choix vestimentaires, je demeurais incapable de m’habiller adéquatement pour l’automne et l’hiver. C’est en partie lié à ma relation étrange au froid, à l’effet qu’il a sur moi. L’été, c’est parfait: moins de vêtements, moins de responsabilités. Oh, et les couleurs vives. J’aime croire que je suis du type coloré: le printemps et l’été sont mes saisons. J’associe le froid à un ennui généralisé, je n’ai donc jamais investi dans les saisons froides. D’une certaine manière, à l’époque où je suis déménagé dans une ville qui nécessitait un véritable blouson pour les mois d’hiver, j’en suis venu à croire que je ne méritais pas de beaux habits. Non seulement je n’étais pas digne de porter de belles choses, mais aussi d’essayer de bien paraître.

    Je parle de mon prêt étudiant chaque jour de ma vie, car il n’y a pas un seul jour depuis la fin des deux périodes de report de six mois où ce prêt n’a pas affecté des aspects de mon existence. Il me semble aussi envahissant qu’insurmontable. Bien que je me sois démené et que j’aie fait bien des sacrifices pour éviter de couler sous le poids de ma dette, à force, elle a dévoré une part substantielle de mon âme. Mais je suis en paix avec l’impact que cette dette a sur moi et sur mon apparence.

    L’image est probablement pire dans ma tête, mais je me connais. Je sais quand je fais un effort. Je sais quand je n’en fais pas. Je le sens quand mes efforts faiblissent et quand j’entre en mode survie.

    Après mes études collégiales, je me gâtais de temps en temps. Je travaillais. J’avais l’impression d’être responsable. J’essayais de me prouver – et probablement à tout le monde – que malgré mes dettes, et la profonde amertume, je me battais. Mais, ça fait un bout de temps que je ne me suis pas intéressé aux vêtements. Tout allait dans les prêts, les frais médicaux, les impôts, et j’essayais d’aider les autres quand c’était possible.

    Si je peux me comparer de manière crédible à un rappeur, c’est un net avantage.

    Ce blouson aviateur noir et blanc Teddy de Saint Laurent me ramène à cette époque où j’essayais.

    Il semble, euh, riche. C’est probablement la pire explication de tous les temps, mais nul besoin d’être expert en la matière pour savoir que certaines pièces de vêtements mettent le corps en valeur mieux que d’autres. Il me va parfaitement. Je suis svelte, mais j’ai des épaules larges et de longs bras. Ma taille profiterait d’un régime Keto; je travaille là-dessus. Je porte le blouson ouvert.

    Je suis simple, mais pas basique. Je n’aime pas les vêtements qui sont surchargés, mais je ne veux pas avoir l’air ennuyant non plus. Le blouson est noir, mais les bandes blanches – surtout celles sur les épaules – ont juste assez de punch pour lui donner du caractère et attirer l’attention sur sa particularité. Lire: riche.

    Plus que tout, ce blouson m’aide à me faire sentir comme Quavo, qui, avec Travis Scott de Houston, a rappé sur les vertus de Saint Laurent dans «Saint Laurent Mask» – du projet commun criminellement sous-estimé, Huncho Jack. Si je peux me comparer de manière crédible à un rappeur, c’est un net avantage.

    Quand je l’ai reçu, il faisait un peu plus chaud que la normale, je voulais que dame nature appelle Capitaine Planète et demande au bonhomme hiver ou au Roi de la nuit de souffler un petit vent frais sur New York afin que je puisse le porter à l’extérieur et en apprécier l’effet.

    Je pouvais le porter sans risquer une transpiration excessive en ce samedi matin pluvieux et morose. Je l’ai porté pour rencontrer mon meilleur ami, andré (il préfère l’esthétique de la minuscule et je respecte son choix), et il a simplement souri. Il a du style et une vraie carrière en mode. Il est aussi libre de dettes. Il connaît mieux que moi les bonnes choses de la vie. De mon côté, je dois encore publier un autre livre avant de pouvoir affirmer «God told me to stunt». andré était tellement fier. Il m’a donné quelques trucs. C’était apparemment une bonne idée de le porter sous la pluie, parce que la laine du blouson allait se mouler à mon corps. Moi, ce que je savais, c’est que j’avais l’impression de vivre mes paroles préférées d’Erika Jayne: «It’s expensive to be» [Exister est dispendieux»]. Et quand je l’enfile, ça me fait sentir comme le mec que j’ai toujours voulu être. J’espère que je ne sonne pas comme si j’étais saoul entre Iyanla Vanzant et Robin Givhan, mais, sans blague, on my mama, on my hood, dans ce blouson aviateur, I look fly, I look good.

    «J’espère que je ne sonne pas comme si j’étais saoul entre Iyanla Vanzant et Robin Givhan.»

    J’essaie de finir mon deuxième livre. Il porte sur ce que ça implique d’être né dans un contexte d’inégalité, de ne pas avoir accès à certaines choses, comme ça pèse sur certains d’entre nous, et que, tranquillement, mais sûrement, le fardeau mental se manifeste sur notre apparence, sur notre santé. Je réalise que ça peut sembler vaguement superficiel, mais, franchement, porter quelque chose de beau aide parfois à se rappeler qui nous sommes, ce qu’on vaut. Ma dette d’études me donne peut-être l’impression d’être paumé, mais les obligations et responsabilités n’empêchent pas que je doive tendre vers ma diablesse intérieure de temps en temps. J’espère que vous faites de même. Nous le méritons tous.

    Michael Arceneaux est l’auteur du best-seller du New York Time I Can't Date Jesus: Love, Sex, Family, Race, and Other Reasons I've Put My Faith in Beyoncé. Son prochain livre s’intitule I Don’t Want To Die Poor.

    • Texte: Michael Arceneaux
    • Illustration: Camille Leblanc-Murray
    • Date: 1er août 2019