Les sources
d’inspiration des
étoiles montantes
du milieu artistique
londonien
Ebun Sodipo, Georgia Merritt et Isabelle Bucklow, drapées d’ISSEY MIYAKE de la tête aux pieds, révèlent leurs influences, leurs obsessions et leurs moteurs artistiques.
- Texte: Alex Kessler
- Photos: Shahram Saadat
- Stylisme: Jack Collins

Qu’est-ce qui motive un artiste? Même les esprits créatifs les plus célèbres ont leurs propres fascinations. L’Olympia d’Édouard Manet qui avait tant choqué a servi d’inspiration à L’esprit des morts veille de Paul Gauguin. David Hockney s’est souvent tourné vers Pablo Picasso. Lubaina Himid en pince encore pour Le Tailleur de Giovanni Battista Moroni, dont elle admire «l’expression intense – et les hauts-de-chausses extravagants», comme elle l’a confié au Guardian. Il semblerait que l’art soit une boucle sans fin de découvertes, d’obsessions et d’inspirations.
C’est avec ces liens en tête que je suis arrivé à Waddington Studio, où trois figures de la scène artistique contemporaine de Londres – Ebun Sodipo, Georgia Merritt et Isabelle Bucklow – attendaient de prendre la pose pour la collaboration SSENSE X ISSEY MIYAKE.

Isabelle porte: blouson Issey Miyake, jupe Issey Miyake, chaussures Issey Miyake et blouson Issey Miyake. Sur l’image du haut, Ebun porte: pull Issey Miyake et robe Issey Miyake.

Ebun porte: robe Issey Miyake.

Georgia porte: chemise Issey Miyake, chemise Issey Miyake et pantalon Issey Miyake.

Ebun porte: cardigan Issey Miyake et jupe Issey Miyake.
Sodipo, une artiste multidisciplinaire de 31 ans, rayonnait, sa coiffure et son maquillage terminés. Bien qu’elle ait grandi en dévorant des mangas, son parcours l’a menée au Camberwell College of Arts, où elle a étudié la sculpture. Dans son travail, Sodipo fait maintenant l’éloge des femmes trans noires à travers l’histoire, mais aussi dans le présent et l’avenir, en tissant des récits qui embrassent temps et émotions. Sa fascinante série de films et de collages intitulée Nasty Girl (the Sharpest Girl in Town) explore la notion de désir, en perpétuelle redéfinition. «Je veux remédier au fait que nous n’apparaissons nulle part dans les archives historiques», dit-elle. Curieux de connaitre ses sources d’inspiration, je lui demande qui elle admire. «Danielle Brathwaite-Shirley mérite toujours une mention spéciale», me répond-elle.
Merrit, 27 ans, décrit sa pratique minimaliste axée sur les intérieurs – laquelle se situe quelque part entre la sculpture et le design – comme une tentative de saisir l’éphémérité d’un moment par la matérialité. L’une de ses œuvres les plus remarquées, Steel Stool with Valance, est faite d’acier inoxydable et de coton, et floute les frontières entre pièce de mobilier et installation artistique. Ses yeux fraichement ourlés d’un trait de ligneur, la diplômée de Goldsmiths révèle les obsessions qui ont influencé sa carrière, nommant les artistes Walter De Maria, Gregor Schneider, Rosemarie Trockel et Shiro Kuramata. Et qui admire-t-elle parmi les artistes de notre époque? «Miranda Keyes et Grace Prince sont des noms que les gens devraient apprendre à connaitre», dit-elle.

Isabelle porte: t-shirt Issey Miyake et pantalon Issey Miyake.

Georgia porte: cardigan Issey Miyake, chemise Issey Miyake et pantalon Issey Miyake.

Isabelle porte: robe Issey Miyake, robe Issey Miyake et pull Issey Miyake.
Quant à Bucklow, critique d’art et autrice de 28 ans – sublime dans une création plissée d’ISSEY MIYAKE – elle s’est souvent concentrée sur les gestes, les corps et le mouvement. Aujourd’hui titulaire d’une maitrise en anthropologie du University College London, elle a grandi en admirant les essais de Brian Dillon et, à titre de cofondatrice et corédactrice en chef de Motor Dance Journal ainsi que contributrice pour des publications comme AnOther et Flash Art, a le pif pour reconnaitre les artistes contemporains qui méritent notre attention. «J’ai hâte de voir l’exposition de Mike Kelley au Tate et Geumhyung Jeong au ICA, dit-elle. En ce qui concerne la danse, je suis fascinée par ce que fait Pam Tanowitz, et Anne Teresa De Keersmaeker sera à Sadler’s Wells cet automne.»
En écoutant ces trois artistes, chacune modelée par ses influences uniques et motivée par ses propres obsessions, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir un vif regain d’intérêt pour ce qui se déroule à Londres. Si le passé nous fournit les bases, ce sont les artistes en plein essor comme Sodipo, Merrit et Bucklow qui façonnent le paysage créatif de la métropole anglaise.
- Texte: Alex Kessler
- Photos: Shahram Saadat
- Stylisme: Jack Collins
- Direction créative: Celina Bussiere
- Coiffure: Claire Grech / Streeters
- Maquillage: Stevie Squire
- Conception du décor: Sophia Willcox
- Production: Andy Dubois, Sophie Hambling
- Modèles: Ebun, Isabel, Georgia
- Casting:: Emma-Louise Rixhon
- Date: 25 septembre 2024

