Moi? Dans un défilé Chopova Lowena?
Alex Kessler, rédacteur principal chez SSENSE, a fait ses débuts sur le podium lors du défilé printemps-été 2025 de Chopova Lowena – voici un aperçu des coulisses…
- Texte: Alex Kessler
- Photos: Jackson Bowley

Vous êtes-vous déjà demandé ce que ça fait de se glisser dans la peau d’un mannequin? Après près d’une décennie à gravir les échelons de l’industrie, de stagiaire maladroit à rédacteur de mode, j’ai souvent ressenti l’attrait des projecteurs, même si ma zone de confort est derrière l’objectif. Comme beaucoup de rédacteurs aujourd’hui, je me suis tourné vers les réseaux sociaux pour assouvir cette envie, en ajoutant des mèmes et des vidéos TikTok amusantes en cours de route.
Les puristes pourraient se moquer, et oui, c’est probablement un sujet brulant lors d’un souper chic (les gens de la mode adorent les potins et les bons repas). Mais à l’ère des carrières multiples, pourquoi ne pas tenter sa chance quand l’occasion se présente? Chopova Lowena m’a contacté, et j’ai sauté sur l’occasion. Comment tout cela s’est-il déroulé?


Vers la fin de l’année dernière, alors que j’étais encore rédacteur de mode chez British Vogue, je me suis joint à Daniel Rodgers, avec qui je me suis lié d’amitié depuis, pour un épisode du balado The Run-Through par Vogue avec les designers de Chopova Lowena, la Bulgare-Américaine Emma Chopova et la Britannique Laura Lowena-Irons. Rodgers a suggéré avec malice que je devrais défiler dans leur prochaine collection, et ce n’était pas une idée farfelue; la marque fait souvent appel à des personnalités de l’industrie pour ses défilés.
Bien que j’aie été un peu déstabilisé – peut-être même gêné – je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir flatté. Enfin, mon tant attendu moment sur le podium à la Kendall Jenner était à portée de main (beaucoup – moi, en l’occurrence – ont remarqué la ressemblance frappante entre nous deux). Les mois ont passé, et alors que j’intégrais mon nouveau poste de rédacteur principal chez SSENSE, plus de nouvelles. J’ai commencé à penser que ça n’arriverait jamais. Puis, un courriel est arrivé dans ma boite de réception de la part de la directrice de casting Sarah Small (qui, coïncidence, était dans ma classe à Central Saint Martins), m’invitant pour un essayage au studio de Chopova Lowena à Deptford, Londres, pour le défilé printemps-été 2025. Oh là là. Ça se concrétisait.


Lors de mon premier essayage, on m’a présenté deux looks: un ensemble de survêtement vert forêt avec la jupe emblématique de la marque, et un short en denim agencé à un cardigan ample. J’ai adoré les deux. Mais quelques jours plus tard, j’ai été rappelé au studio pour essayer trois autres looks – certains avec un collant, d’autres mettant en valeur leurs jupes incontournables de différentes longueurs. Me déshabiller devant les designers était un peu gênant au début, mais comme ce sont des personnes que j’adore et que j’avais un nouveau rôle à jouer, je me suis laissé aller: mode mannequin activé. Prenez donc une photo! Pourquoi pas?
Entre les changements de tenues, j’ai interrogé les designers à propos de la collection. «Pour le côté folklorique, on s’est plongées dans les États-Unis de l’époque victorienne – en nous inspirant des icônes féminines du Far West comme Annie Oakley et Calamity Jane, ainsi que des showgirls, des costumes d’Halloween gothiques et des publicités de l’époque», explique Chopova. «Pour la dimension sportive, on a exploré les tenues de gymnastique des années 80 et 90, des routines rythmées aux concours de saut et aux routines au sol – c’est de là que vient le strass», ajoute Lowena-Irons.


Curieux de savoir comment j’avais été sélectionné, je leur ai demandé les directives qu’elles avaient donné à Small pour le casting. «On transmet toutes nos recherches à Sarah, et elle se débrouille avec, revenant avec ce mélange incroyable de personnes étranges et merveilleuses – elle ne se trompe jamais», explique Lowena-Irons.
Pour en savoir plus, j’ai discuté avec Small. «C’est étonnamment détendu; on repère des candidat·es tout l’été et puis on commence les rencontres en personne un mois avant le défilé – c’est un processus lent mais vraiment agréable», m’a-t-elle dit. Quand je lui ai demandé ce qui attire son regard chez un mannequin, elle a répondu: «Tout est une question de confiance en soi. On aime les personnes décomplexées. On a développé une certaine intuition à cet égard.» Mais pourquoi moi? J’ai pratiquement craché la question. «Parce que t’es tellement mignon!» s’exclame-t-elle. Pendant un instant, j’ai pensé qu’il était peut-être temps de changer de carrière.
À l’approche du défilé, le trac a commencé à se faire sentir, alors j’ai contacté le rédacteur indépendant Mahoro Seward, qui avait marché dans le défilé printemps-été 2023 de Chopova Lowena – leur tout premier défilé en direct. «Je ne m’étais jamais imaginé pouvoir défiler dans la vraie vie, mais aussi gênant que ça puisse l’être, je dois admettre que je m’étais préparé à ce moment pendant toute mon adolescence et ma vie adulte», a-t-iel admis. (Moi aussi, à vrai dire.) Son conseil? «C’est horriblement cliché, mais sois toi-même et amuse-toi. Chopova Lowena est un phénomène rare en ce sens que, bien que la marque offre une esthétique distincte, presque ésotérique, ce qui anime vraiment les vêtements, ce sont les personnages qu’ils invoquent chez la personne qui les porte. Alors vas-y avec ce que tu ressens une fois dans ta tenue. Et apprends à marcher d’un pas lourd. Vite.»

Le jour tant attendu est enfin arrivé. Première chose à faire? Me raser de près. À mon grand désespoir. Mais les mannequins n’ont pas le droit de dire non aux demandes qui définissent l’esthétique d’un défilé. En arrivant sur place dans l’est de Londres, j’ai vite réalisé que je n’étais pas la seule it girl de la liste. La gymnaste primée Becky Downie était là, magnifique dans un justaucorps rouge et noir orné de bijoux avec des rubans tissés dans ses cheveux. La réalisatrice de films Luna Carmoon était drapée dans une magnifique robe en velours noir avec des manches capes et des tresses complexes tombant de sa couronne. Le père de ma patronne Steff Yotka, Walt, âgé de 75 ans, était ravissant dans une chemise blanche et un pantalon en velours noir ornés de paillettes argentées. «Un peu lourd, et je crains de trébucher sur le podium, mais j’adore », plaisante-t-il alors que nous prenons nos places. Le responsable des achats de vêtements masculins chez SSENSE, Calvin Holmes, et le responsable des achats et du merchandising chez Dover Street Market Paris, Nick Tran, ont fait leur entrée dans des jupes qui tourbillonnaient. Et, bien sûr, les habitué·es de Chopova Lowena, Molly Hunloke, Ami Evelyn Hughes et les frères Wilson, Joel et Cameron, étaient là, faisant forte impression.


Quant à moi? Une chemise blanche à bretelles ornée d’un papillon brodé, un short en satin noir à lacets, un collant blanc fleuri, des ASICS enjolivées, et un sac noir surdimensionné avec une chaîne en forme de poupée verte. Mes cheveux étaient hérissés, mes joues rosies, mes sourcils coiffés. Je suis immédiatement entré dans le personnage, quelque part entre un enfant de chœur et un prince charmant. Avoir mon maquillage fait par mon amie et artiste vedette Lauren Reynolds était un bonus. «On va te mettre tout le blush du monde!» a-t-elle dit, faisant référence à une photo que j’avais publiée sur Instagram avec un filtre de blush hilarant. Tout le monde avait fait ses devoirs.
Puis sont venues les répétitions. Place à une légère panique – j’ai oublié de passer dans une pièce entière lors de ma répétition. Mais la musique – un mélange palpitant de death metal, de chuchotements ASMR et de country-techno, monté par Chopova elle-même –m’a mise en condition. Le producteur nous a crié la marche à suivre: «Tête baissée, marchez vite, comme si on vous attendait quelque part!» Après des heures à pratiquer le placement de ma mâchoire avec la caméra de mon téléphone, j’étais prêt.


Les invité·es sont arrivé·es, y compris mon petit ami, Will Brown, et l’adrénaline était à son comble. Je suis monté sur la passerelle avec détermination: pas de trébuchement, virages serrés et aucun contact visuel avec les ami·es et les ennemi·es de l’industrie. Alors que faisions un dernier passage, une vague de joie m’a envahie – je vivais le rêve, et j’en étais fier. En coulisses, euphorique, je ne me souciais même pas de l’odeur de ma propre sueur dans l’air. «Je suis bouche bée de voir à quel point tu as réussi ça avec aisance», m’a dit Yotka après coup. «Tu avais l’air incroyable et professionnel», ajoute Brown. Même mon équipe de Vogue a réagi dans la discussion de groupe – Alice Cary a dit, «Alex, c’était excellent», tandis que Rodgers, qui adore me taquiner à chaque occasion, m’a surpris avec un «C’était génial».


Alors que je suis ici maintenant, envisageant l’idée d’envoyer mon portfolio à IMG, Elite ou Ford, je réalise combien je suis chanceux de faire ce que j’aime. Je peux porter des vêtements incroyables, assister à des spectacles qui changent une vie et travailler avec des gens incroyablement talentueux – tout en dévorant de délicieux plats chers, mon autre passion. Défiler pour la première fois pour Chopova Lowena a été parfait – elles figurent vraiment parmi les designers les plus extraordinaires d’aujourd’hui. Je sais que le petit Alex obsédé par la mode serait également bouche bée, mais pas surpris, de voir à quel point il a réussi ça facilement. Ç’a toujours été en moi (comme en Kendall).
- Texte: Alex Kessler
- Photos: Jackson Bowley
- Date: 16 septembre 2024

