Le secret du style sous-estimé de Bruce Lee
À l’occasion de la collaboration entre sa succession et LỰU ĐẠN, plongée dans le vestiaire iconique de la légende, rempli de pièces sur mesure et de créations de designers.
- Par: Chris Gayomali
- Images gracieusement fournies par: Shannon Lee

L’une des premières leçons que Bruce Lee a retenues, alors qu’il tentait de percer à Hollywood dans sa jeunesse, lui a été transmise par Steve McQueen. L’acteur aurait livré ce conseil au jeune aspirant affamé d’ambition : « L’image, c’est important. Pour réussir, il faut avoir l'air de quelqu'un qui réussit. »
Pour un homme chinois dans l’Amérique des années 1960, c’était évidemment plus facile à dire qu’à faire. Aucun chemin n’existait encore pour Bruce, aucun passage n’avait été défriché avant lui. À l’époque, la représentation des personnes asiatiques à l’écran relevait à peine du sujet de discussion : elles étaient le plus souvent confinées à des caricatures loufoques, comme le personnage de « Mr. Yunioshi » incarné par Mickey Rooney dans Breakfast at Tiffany's.
D’une certaine manière, l’ascension de Bruce Lee au sommet de la culture populaire tient moins d’un triomphe de la volonté que d’un triomphe de son imagination. Fasciné par les attributs de la célébrité — les beaux vêtements, les femmes magnifiques, les voitures cool — Bruce comptait bien se servir des arts martiaux pour se faire un nom. Il était obstiné, impulsif, téméraire. Mais il comprenait aussi que l’adaptabilité était une arme puissante pour rééquilibrer le terrain de jeu, et que la fluidité, comme en témoigne sa célèbre citation sur l’eau, pouvait s’appliquer autant au combat qu’à la façon de s’habiller.
Dès l’adolescence, il développe une compréhension aiguë de l’image, tandis que sa passion précoce pour le cha-cha lui transmet le goût de la performance et le sens de l'observation. Sa vivacité de mouvement devient presque une métaphore pratique : en tant qu’homme chinois dans le Hollywood blanc de l’époque, il joue délibérément avec les codes de l’altérité pour déstabiliser son entourage et marquer les esprits. Détourner les attentes exige un certain goût pour la provocation. Voilà donc Bruce Lee, portant des bottes cubaines outrageusement hautes, vêtu d’un dashiki.


Selon le biographe Matthew Polly, Bruce s’amusait constamment à brouiller les pistes, s’habillant de manière plus occidentale en Orient et cultivant, en Occident, une identité impossible à définir clairement. « À Hollywood, il accentuait son exotisme oriental en portant des caftans, des dashikis et des vestes Nehru », écrit Polly. « À Hong Kong, il mettait plutôt de l’avant sa persona occidentalisée avec des lunettes de soleil à la Elvis, des chemises fleuries éclatantes, des vestes de cuir à larges revers et des jeans à pattes d’éléphant, qui dissimulaient partiellement les chaussures à plateformes de quatre pouces qu’il portait pour paraître plus grand. »
L’une des façons préférées de Bruce de déstabiliser les gens consistait à enfiler son costume le plus chic avant de sortir en ville avec ses élèves. Ils se rendaient dans un restaurant huppé, où il se faisait passer pour le fils d’un diplomate chinois ne parlant pas un mot d’anglais, pendant que ses amis, jouant les gardes du corps, traduisaient ses demandes au personnel.
« Mon père adorait la mode et les vêtements », m’a expliqué sa fille, Shannon Lee. « En grandissant à Hong Kong, il avait accès à des vêtements sur mesure à faible coût, alors il faisait confectionner des pièces très mode pour l’époque. Dans les années 1950, ça a commencé avec l’influence de James Dean, puis les costumes à cravate étroite façon The Beatles. Dans les années 1960, il adopte les cols roulés et les contrastes de couleurs. Dans les années 1970, il plonge à fond dans l’esthétique hippie avec les caftans et les sandales, ou les pantalons pattes d’éléphant portés avec des chemises à cols larges, selon son humeur et les circonstances. Il magasinait dans des endroits très pointus, comme Fred Segal et d’autres boutiques du genre. »



Cette fluidité, ce goût du trouble et du jeu, expliquent pourquoi LỰU ĐẠN constitue l’avatar idéal de Bruce Lee. La marque a collaboré avec la succession de l’acteur pour sa plus récente collection, lancée à l’occasion du mois du patrimoine asiatique-américain et des îles du Pacifique. Lorsque le designer Hung La a fondé la marque en 2021, une image de Bruce Lee était d’ailleurs la toute première référence placée sur son moodboard.
« Les gens se concentrent sur Bruce Lee l’artiste martial, mais je trouve que Bruce Lee l’icône de style reste sous-estimé », m’a confié La. « Les silhouettes, la sensualité, l’assurance… tout paraît encore moderne aujourd’hui. Il s’habillait à la fois comme un gangster, une star de cinéma et un philosophe. »

En vedette dans cette image : Chemise Sleaze noir et orange, Ceinture Enter The Dragon noire, Pantalon Motel noir; Pantalon motard de style course noir et jaune en cuir; Blouson motard Legacy jaune en cuir à logo; T-shirt rouge à bordures contrastées, and Pantalon Motel noir BRUCE LEE x LỰU ĐẠN.
La collection propose des t-shirts à bordures contrastées subtilement usés, une veste moto en cuir de veau jaune qui fait écho à la combinaison jaune iconique portée par Bruce Lee dans Game of Death, ainsi qu’une multitude de survêtements. (« Il portait énormément de pantalons de sport pendant ses entraînements, et il s’entraînait tout le temps ! », précise Shannon Lee.) Sans oublier des pantalons évasés taillés pour une star de cinéma.
Quant au vestiaire personnel de Bruce, il regorgeait de pièces raffinées, mais aussi de surprises plus ludiques.
« Il avait une boucle de ceinture avec un couteau dissimulé à l’intérieur », se souvient Shannon lorsque je lui demande si certains objets l’avaient particulièrement marquée. « Ce n’était pas tant de la surprise que de la fascination face à cette découverte. » Après tout, les meilleures pièces ont toujours quelque chose d’un peu dangereux.
Chris Gayomali est rédacteur en chef chez SSENSE.
- Par: Chris Gayomali
- Images gracieusement fournies par: Shannon Lee
- Date: 20 Mai 2026

