Sukeban
en impose
à Miami
Découvrez la ligue de lutte féminine japonaise qui bouscule les codes de la mode.
- Texte: Steff Yotka
- Photographie: Ysanya Perez

Ces bruits sourds qui proviennent du ring ne sont pas provoqués par deux malabars engagés dans un violent corps à corps. Non, il s’agit plutôt du vacarme agressif des lutteuses de la ligue Sukeban. Le groupe de 18 femmes japonaises est débarqué à Miami à l’occasion de son deuxième gala en sol américain seulement, tenu à la foire Art Basel de Miami Beach devant plus de 1000 fervent·es adeptes.
L’attrait de ce spectacle s’explique facilement: non seulement les lutteuses sont vigoureuses et divertissantes, exagérant leurs mouvements pour créer un maximum d’effet, mais leurs atours dénotent une recherche artistique et vestimentaire appuyée par une liste enviable de collaborateur·rices. Leurs costumes – qui comprennent des uniformes d’écolières aux allures de matelote et des habits d’arlequin, culotte bouffante incluse – ont été conçus par Olympia Le-Tan, designer connue pour sa marque homonyme et sa collection Hotel Olympia, et figure de proue du style intello-mignon depuis des décennies. Leur méticuleux maquillage est signé par l’artiste maquilleuse britannique Isamaya Ffrench, et leur manucure – oui oui, leur manucure! – par la très populaire Mei Kawajiri. En outre, la gagnante du match a la bonne fortune d’enfiler une ceinture de championne conçue par nul autre que Marc Newson.

De gauche à droite: Maya Mamushi, Bingo et Ichigo Sayaka.
«J’adore les projets hors de l’ordinaire qui me permettent d’imaginer de nouvelles façons d’aborder la conception de personnages», précise Ffrench à SSENSE. Sur les joues d’Ichigo Sayaka, membre des Harajuku Stars, Ffrench a dessiné des arabesques rose vif et argentés parfaitement coordonnés à ses tresses rose Barbie. Sareee, des Cherry Bomb Girls, a quant à elle eu droit à de jolis cœurs en guise de fard à joue et à des sourcils en strass pour contraster avec son polo écourté et sa minijupe en latex. «Le projet Sukeban est amusant et inventif, et voir les maquillages en action sur un ring ajoute une autre dimension expressive à ce que l’on crée», ajoute Ffrench.

Midnight Player

Queen of Hearts
La ligue a été formée plus tôt en 2023, sous la direction de la célèbre lutteuse japonaise Bull Nakano. La plupart de ses membres, comme Atomic Banshee et Riko Blondie, avaient déjà de belles carrières dans le domaine, ce qui fait de Sukeban un genre de Justice League pour Japonaises fatales. (Son nom lui-même dégage d’ailleurs un certain parfum de cabale, puisque sukeban signifie «gang de filles» en japonais.)

Atomic Banshee

Sareee

KONAMI

Lady Antoinette
«Traditionnellement, au Japon, la lutte professionnelle féminine est surtout axée sur le combat. Et bien que ça demeure un aspect important de la discipline, Sukeban ne se limite pas qu’à ça», explique Maya Mamushi, membre des Harajuku Stars. «La ligue vise plutôt à redéfinir la lutte en tant que forme de divertissement – de l’étape de la coiffure et du maquillage en coulisse jusqu’à l’entrée dans l’arène sur une musique servie en direct par des DJ, Sukeban réunit différents métiers artistiques, créant un lieu de travail pluriel.»

The Vandals
Après quelques heures de combat dans l’arène à Miami, Arisa Nakajima – Commander Nakajima sur le ring – a été couronnée championne. Elle est repartie avec la ceinture signée Newson sous les acclamations de la foule qui en redemandait. Les fans devront attendre à l’année prochaine pour savoir si elle conservera son titre – d’ici là, jetez un œil sur les images de l’événement de Miami exclusives à SSENSE. Et méditez ce sage mot d’Atomic Banshee: «On ne peut pas comparer Sukeban à d’autres ligues de lutte parce que Sukeban, ce n’est pas de la lutte. Qu’est-ce que c’est, alors? C’est ce que vous voulez, et c’est ça qui est beau.»

Ichigo Sayaka

De gauche à droite: Stray Cat, Babyface, Countess Saori et Saki Bimi.

Bingo

K.O. en cours.
- Texte: Steff Yotka
- Photographie: Ysanya Perez
- Traduction: Camille Desrochers
- Date: 8 décembre 2023

