Lisa Barlow
achète son Vuitton en vrac
Tête à tête avec la supernova de «The Real Housewives of Salt Lake City».
- Texte: Brennan Kilbane
- Photos: Yasmine Diba

La nuit était constellée d’étoiles brillantes et de noms de marques. C’était le défilé Resort 2023 de Fendi, présenté sous les gradins de la prestigieuse Hammerstein Ballroom de New York. On y soulignait également le 25e anniversaire du sac baguette de Fendi, rendu célèbre par Carrie Bradshaw de Sex and the City quelques décennies plus tôt, sans contredit l’un des points les plus marquants de l’histoire de la mode télévisuelle. Les maisons prestigieuses n’avaient alors pas l’habitude de prêter leurs créations à des séries télévisées… Jusqu’à ce que Fendi lance le bal. Vingt-cinq ans plus tard, l’anniversaire du sac a été célébré par des collaborations avec Marc Jacobs, puis avec Tiffany, cette dernière ayant valu à Bella Hadid d’apparaitre sur le podium dans une combinaison couleur menthe Tiffany dotée de poches cargo ornées de fermoirs baguette. Sarah Jessica Parker, l’interprète de Carrie, était assise au premier rang. À sa droite se trouvait Lisa Barlow.
Barlow, originaire de New York et propriétaire d’une agence de marketing évènementiel basée en Utah, est une vorace consommatrice de produits de luxe. Elle dispose d’acheteuses personnelles à Los Angeles et d’une autre à Milan. «Je lui envoie des photos du genre de look que je recherche», me confiait-elle récemment. Si c’est son statut de grande dépensière qui lui a valu d’être invitée au défilé de Fendi, c’est à sa notoriété plus récente en tant que star de The Real Housewives of Salt Lake City qu’elle doit son siège au premier rang. Joanna Dubin, la PDG de Fendi, est une fan de l’émission: «Elle m’a dit qu’elle regardait les épisodes dans l’avion quand elle se rendait en Italie», lance Barlow. (Dubin et Fendi n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.)
En faisant la rencontre de SJP au défilé, Barlow, d’une voix aigüe, s’est présentée comme «l’une des filles d’Andy». «Je lui ai dit: “Tu as le meilleur corps qui soit. Je l’ai toujours pensé, depuis que je t’ai vue dans SATC”, a-t-elle ajouté. Et elle m’a répondu: “Vraiment, tu crois?” Elle était trop gentille.»
Le jour où Barlow et moi avons discuté au téléphone, les spectateur·rices étaient maintenu·es dans le suspense du déjeuner d’inspiration Breakfast at Tiffany’s de la cinquième saison ayant lieu chez Mary Cosby; une véritable succession d’injures, de non-insultes incomprises et de franges à clip. Les dernières saisons ont documenté le «chalet» d’une des épouses, rempli d’étagères Kallax débordantes de sacs à main de luxe (saison 1); puis l’arrestation de celle-ci par les autorités fédérales pour avoir fraudé des personnes âgées (saison 2); ses protestations d’innocence qui se sont transformées en reconnaissance de culpabilité (saison 3); le moment où son ancienne assistante a rejoint la distribution et admis qu’elle avait aidé à informer les enquêteurs (saison 4); et celui où cette même assistante s’est révélée être à l’origine d’un compte Instagram anonyme de ragots qui terrorisait ses collègues. Malgré tout, les critiques et admirateur·rices de la téléréalité s’entendent pour dire que la saison courante est la plus excitante à ce jour.
Le déjeuner a commencé à dérailler avant même que toutes les invitées ne se soient réunies, Cosby reprochant à Barlow de porter un vêtement qu’elles possédaient toutes les deux: la combinaison Fendi de style baguette bleu Tiffany que portait Hadid sur la passerelle. Dans son entrevue de confession, Cosby a accusé Barlow d’avoir copié son look, ce que Barlow a nié. «Je l’avais vu avant même que Mary ne sache qu’il existait», a-t-elle déclaré.
Après le défilé Resort de Fendi, Barlow avait demandé à Dubin de l’aider à mettre la main dessus. Le hasard a ensuite voulu que la réunion de la quatrième saison – qui avait pour thème le voyage de l’équipe aux Bermudes et nécessiterait un véritable arc-en-ciel de couleurs – soit l’occasion parfaite de le porter pour la première fois.

Dans le but de composer une palette de couleurs harmonieuse pour guider les choix vestimentaires des membres de la distribution, une personne désignée à la production de Bravo crée et envoie un «schéma» à toutes les Housewives, détaillant l’ambiance générale du plateau de la réunion et les teintes Pantone à préconiser. Leurs stylistes soumettent ensuite leurs looks pour approbation. Aux dires de Barlow, la combinaison Fendi avait été approuvée avec grand enthousiasme.
Puis, environ un mois avant le tournage des retrouvailles, Cosby est apparue vêtue de la combinaison – superposée à une empilade de colliers et glissée dans des bottes incrustées de pierres – face à Andy Cohen à l’émission Watch What Happens Live, où elle a entrepris d’expliquer maladroitement pourquoi la canicule de 2003, qui a tué des dizaines de milliers d’Européen·nes, a également produit le millésime le plus délicieux de l’histoire de Dom Pérignon, voire de la viticulture. Même Ziwe, également présente sur le plateau, était stupéfaite. L’entrevue est devenue virale. Barlow a silencieusement renoncé à porter la combinaison.
«Je suis simplement arrivée dans la tenue que j’avais envie de porter», a-t-elle déclaré, soit une combinaison en cotte de mailles signée Tom Ford et de délicates sandales à talons achetées chez Saks la veille du tournage. L’épisode de la combinaison, qui avait été agaçant à l’époque, fait jaser encore aujourd’hui. Barlow se le remémore d’ailleurs avec cette exaspération myope qui la caractérise – pourquoi tout le monde est-il obsédé par moi? –, mais aussi avec une délectation évidente. Après tout, cette affaire lui aura au moins permis de pratiquer son activité préférée en ce bas monde: s’acheter des vêtements.
«Je raffole des morceaux iconiques et des morceaux bien pensés, dit-elle. Je magasine comme si j’étais en mission.»

Salt Lake City ressemble à un grand bol, voire à un creuset. La ville s’étend depuis les piliers de l’église mormone du centre-ville, s’arquant pour former une couronne de montagnes qui embrasse son lac aux eaux salées. En hiver, ce splendide relief donne parfois lieu à un phénomène météorologique au cours duquel de gros nuages s’accumulent dans le bol, emprisonnant la pollution près du sol et étouffant la population. «Ils appellent ça une inversion,» m’explique Barlow pour l’anecdote, le temps étant apparemment magnifique au moment de notre conversation. «Ils font de l’ensemencement de nuages ici depuis les années 70.»
Lisa, son mari et leur fils vivent dans un manoir aux allures de chalet sur le versant sud-est du bol; son fils ainé est actuellement en mission avec les mormons à Bogotá, en Colombie. La plupart des Housevives sont éparpillées à travers la ville, vivant à différents degrés de proximité avec le mormonisme. Parmi elles, on trouve d’anciennes mormones comme Heather Gay, qui a raconté son expérience dans une série de livres, et des néomormons comme la famille Barlow, fière propriétaire et exploitante d’une entreprise de boissons fabriquant de la téquila et des eaux pétillantes alcoolisées. Pour une ville comme Salt Lake, qu’on ne saurait qualifier de diversifiée – environ 70% de la population est blanche et près de la moitié appartient à l’Église des saints des derniers jours – cette franchise de Housewives présente une étonnante diversité d’expressions religieuses. Cosby (de la désormais célèbre combinaison Fendi) dirige une église pentecôtiste, et l’évènement le plus dramatique de la cinquième saison survient lors d’une bat-mitsvah d’adulte.
Bien que toutes les franchises de Housewives reposent sur un groupe de femmes, elles se nourrissent de l’énergie d'une star générationnelle – une NeNe, une Bethenny, une Teresa – qui deviendra l’élément central de la dynamique du groupe. La supernova de Salt Lake City, c’est Barlow. Non seulement a-t-elle assemblé la distribution originale pour les producteurs de Bravo, mais elle exerce une profonde influence sur le destin des aspirantes Housewives, qu’il s’agisse de celles qui ont osé la défier et ont perdu (Monica Garcia, la mauvaise Angie), se sont mesurées à elle et ont gagné (la bonne Angie), ou lui livrent encore un dur combat (Bronwyn Newport). À l’instar des plus grandes Housewives, Barlow ne présenterait pas d'excuses même si sa vie en dépendait; à l’instar de Carrie Bradshaw, on l’adore et la déteste pour cette même raison.
Si les stars de la téléréalité, et tout particulièrement les Housewives, doivent marcher sur la fine ligne entre vendre du rêve et demeurer accessibles, Barlow est l’une des équilibristes les plus talentueuses qui soient. L’un de ses meilleurs moments de la saison s’est produit lorsqu’elle a appris qu’elle devrait endurer un vol de 47 minutes dans les affres de la classe économique; parallèlement, elle se nourrit presque exclusivement de fast-food, de Coke Diète et de KitKat miniatures. Newport (une nouvelle venue de la cinquième saison, recrutée par Barlow) a affirmé que, de toutes ses collègues, Barlow était la seule dont le personnage à l’écran était fidèle à la réalité. Les deux femmes ont d’ailleurs terminé la saison en froid. (C’est Newport qui a osé réserver le billet en classe économique.)


L’entreprise principale de Barlow, LUXE Marketing, se spécialise dans les activations de marque lors d’évènements comme le festival du film de Sundance, mais elle a également profité de sa célébrité pour négocier différents partenariats. La multinationale Wendy’s a récemment mis à profit son amour de la restauration rapide, et le premier épisode de la saison 5 a débuté par un plan des Barlow dégustant du Wendy’s sur l’ilot de leur cuisine continentale. Barlow s’est aussi rendue au siège social de l’entreprise, en Ohio, pour faire l’essai de son menu 2025. «L’Ohio est tellement cool, a-t-elle dit. Je suis obsédée par Columbus.» Une recommandation à l’écran pour un sérum capillaire de la marque Kérastase, partagée de manière légèrement douteuse lors de la bat-mitsvah adulte, a valu à Barlow un partenariat Instagram avec la marque quelques semaines plus tard.
Elle participe d’ailleurs activement à l’économie évènementielle de Bravo, qui comprend notamment le très populaire BravoCon et d’autres évènements satellites ayant lieu tout au long de l’année. Lors d’un évènement organisé à Londres pour Hayu – le diffuseur international de la société parente de Bravo, NBCUniversal –, Barlow a participé à une conversation entre actrices avec une Housewife de Potomac; plus tard, à Miami, elle s’est exprimée à l'occasion d’une table ronde sur le fait de ne pas avoir de filtre.
Ses admirateur·rices lui lancent ses phrases célèbres sans arrêt, la surnommant «Baby Gorgeous» et lui rappelant de parcourir la distance (go the distance). Contrairement aux acteur·rices, les Housewives semblent se délecter de chacune de leurs interactions avec le public. Barlow affirme que celles-ci lui donnent de l’énergie, parfois même à son propre détriment; elle se souvient d’une nuit, à Miami, où elle n’a dormi que 45 minutes. Douée pour ressentir ce que souhaite son public, c’est avec plaisir qu’elle lui offre ce qu’elle refuse à ses collègues. Vers la fin de notre entretien, tandis que je la remerciais pour son temps et lui souhaitais une bonne année, elle s’est assurée que j’avais tout ce dont j’avais besoin: «As-tu d’autres questions concernant mon style?»

Le tournage des retrouvailles de la cinquième saison a eu lieu entre la Thanksgiving américaine et Noël. Dans le cadre de ses fonctions de femme au foyer hors écran, Barlow a dû faire ses achats de Noël plus tôt que prévu. Elle a donc commencé par effectuer une manœuvre typiquement Barlow pour gagner du temps, à savoir s’envoler vers Las Vegas pour la journée. «À L.A., toutes les tailles dont j’ai besoin sont en rupture de stock, explique-t-elle. Je peux faire toutes les boutiques du Crystals, toutes les boutiques du Caesars, toutes les boutiques du Wynn, manger un bon repas, puis rentrer à la maison.»
Pour ses ami·es proches, Barlow fait venir des biscuits Rosette de New York et les combine avec des livres d’art Louis Vuitton. («J’achète en gros», dit-elle.)
Son fils de 13 ans, Henry, a demandé un scooter et 5000 dollars pour Noël. («Il aime avoir son propre moyen de transport», ajoute Barlow, soulignant qu’il est Sagittaire tout comme elle.) Il a donc reçu un scooter, un sac à dos Louis Vuitton et une tenue signée Off-White. Le jeune Barlow a fait part à sa mère de ses inquiétudes concernant la vente récente de la marque de feu Virgil Abloh à la société d’investissement privé Bluestar Alliance («Il espère qu’ils ne ruineront pas la marque»), mais demeure un fan de ses silhouettes exagérées.
Son mari des 21 dernières années, le calme et svelte John, espérait une nouvelle montre de la marque Paytak Phillippe («Est-ce que je le prononce comme il faut?»), mais en raison d’un retard de livraison, Barlow espère qu’elle fera un beau cadeau de Saint-Valentin.

Vint ensuite l’une de ses dernières obligations professionnelles de 2024: la réunion elle-même, un véritable marathon qui s’étend généralement sur 12 à 14 heures de tournage et encore plus d’heures de préparation. Barlow aime visionner en rafale les épisodes de la saison, en prévision du grand jour, passant ainsi en revue toute son année sociale. La saison s’est terminée le 15 janvier, et le premier de trois épisodes de retrouvailles sera diffusé la semaine prochaine.
Il faut dire que cette saison n’était pas toujours belle à voir. Barlow a fini par être en froid avec la plupart des autres femmes, ce qui a rendu les retrouvailles difficiles, sans parler de son inexplicable querelle avec Whitney Rose. Quand j’ai demandé à Barlow qui étaient ses amies, avant la réunion, elle n’a mentionné que Meredith Marks, ce qui m’a paru inquiétant. Pourtant, même une réunion éprouvante peut se terminer par un soulagement euphorique, comme celui qu’on ressent après avoir vomi. «C’est plus facile si on ne ment pas, dit Barlow, parce qu’on peut se remettre dans la situation et se laisser aller à ressentir ce qu’on éprouvait à ce moment-là. C’est bien d’avoir une voix et d’être capable de l’utiliser.»
Comme le veut la tradition, l'animateur Andy Cohen a publié une photo des places assignées avant le tournage des retrouvailles, lesquelles pourraient tout aussi bien être un classement des épouses les plus influentes et les plus controversées de la saison. Lors des retrouvailles de l’édition «Bermudes», Barlow était deuxième chaise. Cette année, elle prendra place au premier rang, à gauche de Cohen. Sa robe, m'assure-t-elle, est non seulement tendance, mais conforme au schéma.
«Les franges sont toujours hot, lance-t-elle. Mais j’ai l’impression qu’elles le sont tout particulièrement en ce moment.»


Brennan Kilbane est un journaliste basé à New York.
- Texte: Brennan Kilbane
- Photos: Yasmine Diba
- Mettant en vedette: Lisa Barlow
- Direction créative: Samantha Adler
- Coiffure: Brooke Raymond
- Maquillage: Sam Dawes
- Production: The Avenue Production
- Casting: Papergirl
- Assistance photo: Amalia Irons
- Retouche: picturehouse + thesmalldarkroom
- Traduction: Gabrielle Lisa Collard
- Date: 16 janvier 2025

