Willy
Chavarria
célèbre son
héritage
chicano
à Paris
Réputé pour ses vêtements éloquents, le designer californien adresse un message d’inclusivité au monde entier.
- Texte: Alex Kessler
- Photos: Morgan Maher

«J’ai grandi dans un univers étranger à la mode», déclare Willy Chavarria, en référence à son enfance passée en plein cœur de la Californie rurale et agricole. «Pourtant, ce milieu a influencé tous mes choix artistiques.» Pour le designer, la ville californienne de Fresno n’est pas seulement liée au travail acharné et à la résilience, mais aussi au fondement de sa vision esthétique ancrée dans les histoires et la justice sociale. Ses collections – reconnues pour leurs coupes irréprochables, leurs silhouettes audacieuses et leurs puissantes évocations culturelles – brouillent les frontières entre la mode et l’activisme.
Depuis le lancement de sa marque homonyme en 2015, Chavarria a acquis la réputation de combiner avec un savoir-faire incomparable l’élégance du sur-mesure au caractère brut des vêtements de travail, tout en rendant explicitement hommage à son héritage chicano. «La mode ne se limite pas aux vêtements, affirme-t-il. Ça sert aussi à promouvoir une façon de penser inclusive, respectueuse et honorable.» C’est précisément cette philosophie qui lui a permis de s’imposer comme l’une des voix les plus convaincantes de la mode contemporaine.
Willy Chavarria a suivi un parcours atypique avant de se lancer dans le design. Après avoir étudié le graphisme à l’Academy of Art University de San Francisco, il a commencé à travailler au service de l’expédition de la marque Joe Boxer dans les années 90. «C’est là que j’ai réalisé que je pouvais gagner de l’argent en vendant des vêtements», se souvient-il. Cette découverte l’a conduit à occuper des postes auprès des griffes Ralph Lauren et Calvin Klein, où il a aiguisé ses talents et acquis un gout prononcé pour l’artisanat de luxe. «Je n’ai pas grandi dans le luxe, explique-t-il, mais travailler avec des étoffes italiennes raffinées et des conceptions sur mesure chez Ralph Lauren m’a initié à cet univers et a constitué une étape décisive dans mon cheminement.» Ces expériences ont servi de modèle pour sa marque; Chavarria confectionne aujourd’hui ses créations avec minutie et un sens aigu des références culturelles afin de produire des vêtements de travail inspirants et profondément personnels.




Imprégnées de son héritage chicano, les collections de Chavarria s’inspirent de symboles de fierté culturelle, comme les silhouettes surdimensionnées des zoot suits, reliés aux émeutes du même nom survenues dans les années 40, et le style flamboyant des pachucos – les membres d’une sous-culture des années 30 et 40 connus pour leur amour des complets extravagants, des pompadours et des tatouages. «Le zoot suit constituait l’uniforme des communautés noires et brunes de l’époque, et on a fini par rendre son port illégal, explique le designer. Ce look a par la suite évolué pour s’inscrire dans l’identité chicano et devenir un moyen de définir son territoire en occupant l’espace.» Cette histoire, chargée de symbolisme, transparait d’ailleurs dans les créations de Chavarria: ses pièces semblent parfois conçues comme des armures pour les communautés marginalisées, des outils leur permettant d’affirmer leur présence et de préserver leur dignité dans des environnements desquels on les a toujours exclues.
Sa collection printemps-été 2025, intitulée «América» et récemment dévoilée à New York, célèbre l’identité de la classe ouvrière. Elle comprend des complets sur mesure se déclinant dans des teintes vibrantes, comme le jaune vif et le magenta profond, ainsi que des vêtements de travail surdimensionnés qui honorent le labeur et la résilience de la classe populaire. Cette nouvelle proposition rend aussi hommage à des organisations militantes comme l’American Civil Liberties Union et celle des United Farm Workers, traduisant ainsi l’engagement soutenu de Chavarria pour la justice sociale. L’esthétique raffinée du designer a non seulement conféré à son défilé un caractère novateur et résolu, mais aussi marqué un tournant dans son exploration de la beauté et de la puissance des personnes sous-représentées.




Avec des fans comme Kendrick Lamar, Billie Eilish, Anne Hathaway et Lewis Hamilton, Chavarria ne cesse de renforcer son influence à l’international. Ses débuts à Paris, à l’occasion de la saison automne-hiver 2025, marqueront d’ailleurs un nouveau chapitre ambitieux dans sa carrière. «Bien que l’on soit une griffe américaine, je souhaite donner à notre proposition une portée mondiale, explique-t-il. Paris nous permet de rencontrer des gens sur un autre territoire et de leur communiquer un message universel d’émancipation et d’inclusivité.» À quoi peut-on s’attendre? «À de l’épanouissement et à de l’amour… Et à beaucoup plus de vêtements sur mesure», répond-il.
Plus sa griffe croît, plus son équipe s’agrandit. «Voilà quelques années, je faisais tout moi-même, souligne-t-il. Aujourd’hui, je travaille avec un solide groupe de designers, et la qualité de nos créations a évolué en même temps que la marque.» Chavarria aborde la question du genre avec autant d’ambition. «N’importe qui peut porter la plupart de mes vêtements, explique-t-il. Ce n’est pas parce qu’on a historiquement considéré une pièce comme une robe féminine qu’elle ne peut pas être portée par tout le monde.»
Pour Chavarria, la mode représente plus qu’une industrie, elle constitue un mouvement. «C’est de l’amplification, affirme-t-il. Tout ce que l’on fait en tant que designers doit prendre l’envergure nécessaire pour que l’on puisse répandre la positivité et susciter le changement. Voilà l’attitude que j’adopte en ce début d’année.» Des champs californiens aux passerelles parisiennes, Chavarria s’engage à remettre en question l’orthodoxie de la mode. Son travail nous rappelle que les vêtements, à leur meilleur, ne sont pas seulement des choses que l’on porte, mais bien des vecteurs de transformation.

- Texte: Alex Kessler
- Photos: Morgan Maher
- Mettant en vedette: Willy Chavarria
- Direction créative: Samantha Adler
- Production: The Avenue Production
- Assistance à la production: Luis DeJesus
- Traduction: Francis Rose
- Date: 24 janvier 2025

