Bad bitch et reine du foyer
Entretien avec Julia Fox sur ses plans pour les fêtes, et tout ce qui viendra après.
- Photographie: Chris Maggio
- Stylisme: Briana Andalore
- Entrevue: Emilia Petrarca

«La période de Noël, pour mes ami·es et moi, c’est lit», lance Julia Fox. La it-girl new-yorkaise devenue actrice, mannequin, animatrice de podcast et désormais autrice de ses mémoires devient casanière durant la période des fêtes – et elle ne fait pas les choses à moitié. Elle «donne à fond» avec les cadeaux, la cuisine et les activités, reçoit tous ceux et celles qu’elle aime chez elle et profite avec son fils, Valentino, des sorties classiques de saison, entre l’arbre légendaire du Rockefeller Center et les lumières de Noël de Dyker Heights (avant un repas chez Lucien, évidemment).
Quand elle était enfant, sa famille ne célébrait pas Noël en grand. En dépit de leurs racines italiennes, les Fox ne soulignaient pas la Fête des sept poissons. Aujourd’hui, Julia rattrape le temps perdu.
Fox nous explique ce qu’elle compte cuisiner et acheter durant les fêtes, en plus de nous entretenir sur l’art de donner… et de recevoir. Elle nous parle également de son nouveau livre, Down the Drain, qui contient des souvenirs de son passé de dominatrice («des histoires typiques de donjon»), ses états d’âme de nouvelle maman et, bien entendu, une généreuse dose d’indiscrétions. Fox a de quoi être reconnaissante pour cette dernière année, mais elle a déjà le regard tourné vers l’avenir.

Julia porte: manteau Jacquemus, camisole Jacquemus, jupe Jacquemus, chaussures à talon haut Jacquemus et boucles d’oreilles Panconesi. Sur l’image précédente, Julia porte: boucles d’oreilles Marni.

Julia porte: corset ALAÏA, short Chopova Lowena, chaussures à talon haut Balenciaga et collier Marland Backus.

Julia porte: manteau Jacquemus et boucles d’oreilles Ottolinger.
Emilia Petrarca
Julia Fox
À quoi ressemblent tes traditions de Noël?
La période de Noël, pour mes ami·es et moi, c’est lit. On ne lésine pas sur les cadeaux ni sur la fête en général, sans doute pour compenser le fait qu’on n’a pas eu les Noëls dont on rêvait quand on était enfants. Au départ, on séjournait au Bowery Hotel, où le matin de Noël était vraiment spécial. Maintenant, on fait ça chez moi. Il y a tellement de monde qu’on entre à peine dans la pièce! J’invite généralement des personnes dont la famille vit loin ou qui n’ont pas de relation avec elle.
En tant que New-Yorkaise d’origine, tu sais que c’est aussi l’un des meilleurs moments pour être dans la ville.
Ouais, j’adore ça. Tous ceux et celles qui viennent de l’extérieur de la ville rentrent à la maison, et la ville est calme. Il ne reste que les vrais New-Yorkais. J’emmène Valentino voir le sapin au Rockefeller Center, et maintenant qu’il est assez grand, on va aussi à la patinoire. Ensuite, on admire les lumières de Dyker Heights – une tradition importante –, puis on mange ensemble chez Lucien.
Cuisines-tu beaucoup pendant les fêtes?
Je ne crois pas l’avoir fait l’année dernière; c’était une période très occupée et on n’a pas pu. Mais cette année, je vais faire une lasagne végé avec des courgettes, et puis une tarte à la lime. Mon secret, c’est de mettre plus de citron que de lime, parce que je la préfère plus sucrée, et d’ajouter de la crème fouettée au mélange. Je vais aussi chez Veniero’s, où il y a des gâteaux saisonniers fantastiques. Chaque année, depuis mon adolescence, je vais m’en chercher un à l’abricot et aux amandes. J’achète aussi des biscuits arc-en-ciel chez Rocco, dans West Village. Après avoir mangé, on regarde la télé et on bavarde. Parfois, on joue aux cartes ou à Heads Up. Je ne regarde pas vraiment de films de Noël; je n’ai pas le temps de revoir de vieux trucs.
Quel est le meilleur cadeau de Noël que tu as reçu quand tu étais enfant?
Mes parents ne m’offraient rien de très coûteux, mais mon plus beau cadeau a probablement été mon premier ordinateur portable. J’avais 10 ou 11 ans. C’était un PC bon marché avec lequel je jouais aux Sims. J’adorais Les Sims. Tout particulièrement construire des maisons et choisir les meubles pour rendre l’endroit vraiment mignon.

Julia porte: jupe Maison Margiela, gants The Row et boucles d’oreilles Simone Rocha.
Étais-tu du genre à avoir une famille Sims parfaite ou alors mettais-tu le feu à la maison?
J’incendiais la maison, je mettais mes Sims dans la piscine et je retirais l’échelle.
Achetais-tu des modules d’extension?
J’achetais effectivement les modules d’extension. Mais c’est drôle, parce que dès que j’ai compris les codes de triche, j’ai perdu tout intérêt pour le jeu. C’est amusant de tricher, mais ça tue toute la magie.
Parlant de magie: croyais-tu au père Noël?
Non, j’ai toujours su qu’il n’existait pas, et je le disais à tout le monde. J’étais cette enfant-là!
Quand on grandit en ville, on se demande: «Quelle cheminée? Comment fait-il pour...»
Exact! Logistiquement, ça n’a aucun sens.
Quel est le cadeau le plus significatif que tu aies reçu en tant qu’adulte?
Je me souviens du jour où j’ai reçu ma première voiture. C’est mon ex-copain qui me l’a offerte. C’était une Mercedes-Benz rouge décapotable. On était au restaurant et en sortant, on est passé·es devant un garage et la voiture était là, avec un gros ruban dessus. C’était vraiment romantique. Ça se démarque. J’ai fréquenté un homme très riche pendant six ans, alors j’ai reçu beaucoup de choses: Cartier, Chanel... Je n’ai plus rien de tout ça maintenant. J’ai dû tout vendre. Je trouve que le fait de posséder ces choses puis d’avoir à s’en débarrasser a quelque chose de très poétique. Après, on n’accorde plus autant d’importance aux objets. Je les aurais gardés si j’avais pu. Ce n’était rien de personnel. C’était juste une question d’argent.
As-tu toujours les sacs Birkin que Kanye t’a offerts?
Oui, mais ce n’était pas mon premier Birkin, alors ce n’était pas très marquant. C’était un moment plus important pour lui que pour moi.

Julia porte: cardigan Chopova Lowena et boucles d’oreilles Millie Savage.

Julia porte: robe ALAÏA et mules ALAÏA.
Y a-t-il des cadeaux plus sentimentaux, voire moins dispendieux, que tu as vraiment appréciés?
J’ai beaucoup d’ami·es artistes, et j’adore quand on me fait des œuvres d’art. Je préfère presque les cadeaux faits à la main, quelque chose que je peux accrocher au mur, une petite babiole, un petit objet de collection.
Quel est le meilleur cadeau que tu aies fait à un proche récemment?
J’ai offert le livre Sex de Madonna à Briana [Andalore].
En tant que mère, aimes-tu aussi acheter des cadeaux pour ton fils?
Oh, mon Dieu, oui! Il est vraiment passionné par les camions, ces temps-ci, alors il en a une quantité infinie. On se contente de suivre le courant et d’observer l’évolution de ses goûts. L’année dernière, il adorait les Pokémon; maintenant, il s’en fout. Je lui achète aussi beaucoup de livres. Il est obsédé par la lecture.
T’a-t-il déjà offert des cadeaux?
Oui! Il va parfois ramasser une fleur et me l’offrir. Il est très gentil et très enclin au partage. Il tient ça de son père. Il est si bienveillant.
Ton arbre de Noël est-il naturel ou artificiel?
J’achète un vrai arbre. Et j’ai accumulé une impressionnante collection de décorations au cours de ma vie. Elles sont plutôt grivoises. J’ai un père Noël sexy et ses lutins coquins, un père Noël ivre et une mère Noël dominatrice. Je les trouve sur eBay, ou dans des petits kiosques en ville.

Julia porte: robe Shushu/Tong, chaussures à talon haut MACH & MACH, sac Rabanne et sac Rabanne.
Ton autobiographie est parue en octobre. Combien de temps y as-tu consacré?
Des années! Je voulais l’écrire depuis toujours. C’était tellement difficile. J’étais à deux doigts de faire appel à un prête-plume, mais j’ai tenu bon.
As-tu trouvé ça difficile de te pencher sur le passé?
Oui. C’était vraiment inconfortable d’être aussi vulnérable. Mais tant qu’à écrire un livre, je voulais être honnête à 100%. Je tenais à ce niveau d’intégrité. Évidemment, c’est un exercice très cathartique; c’est comme tout faire sortir, puis refermer les portes et aller de l’avant. Je suis très enthousiaste à l’idée de regarder vers l’avenir et de ne plus devoir m’encombrer de tout ce bagage.
Y a-t-il des moments forts dont tu aimerais nous parler?
Je pense que le chapitre le plus drôle est celui où je raconte comment, à l’époque du secondaire, j’ai été embauchée comme dominatrice. Il s’est produit un tas de choses – des disputes, et des histoires typiques de donjon. C’était amusant de revisiter tout ça. Et légèrement inconfortable, évidemment. Avec certains passages, ça craint. Il y a aussi les passages qui concernent la maternité. Je crois que toutes les mères les apprécieront et se sentiront moins seules. Quand on devient maman, on a l’impression que certaines choses n’arrivent qu’à nous. Tout le monde a une relation unique avec la maternité.
Qu’est-ce que tu voudrais que les mères retiennent de ton livre?
J’ai souvent l’impression que quand il est question de maternité, le seul rôle qui nous convient est celui de maman, que c’est la chose la plus importante à notre sujet: on est maman et rien d’autre. J’ai l’impression d’avoir dû me battre très fort pour maintenir mon identité propre, au-delà de la maternité. Je suis une mère, mais ce n’est qu’un aspect de moi. Je suis une actrice. Je suis une créatrice. Je suis une bad bitch. Mais, bien entendu, mon fils passe avant tout.
«Je suis une bad bitch. Mais, bien entendu, mon fils passe avant tout.»
Le New York Magazine a récemment publié un article sur la difficulté de conserver ses amitiés après avoir eu des enfants, ou quand nos ami·es deviennent parents.
C’est tellement vrai. J’ai l’impression que c’est devenu impossible de développer de nouvelles amitiés, et que notre cercle rétrécit de plus en plus. Cependant, les liens deviennent plus étroits. La quantité diminue, mais la qualité augmente.
Qu’espères-tu que les gens retiennent du livre en général?
Qu’il n’est jamais trop tard pour changer sa vie. Qu’il faut se débarrasser de ses peurs et avoir totalement confiance en soi et en tout ce que l’univers nous envoie. Tout ce que tu donnes, tu le recevras en retour. Qu’il s’agisse de choses matérielles, d’argent, de sagesse, de gentillesse, de générosité ou de quoi que ce soit d'autre – il faut donner pour recevoir.
Voilà qui semble inspirant. Dirais-tu que c’est aussi un livre… juteux?
Oh, que oui! Ça caquette au fil des pages! J’espère seulement que les gens le liront avec un esprit ouvert. Personne dans mon livre n’est foncièrement mauvais. Iels ont peut-être fait des conneries, mais ce ne sont pas de mauvaises personnes.
«Il faut donner pour recevoir.»

Julia porte: manteau Jacquemus et boucles d’oreilles Ottolinger.
Qu’est-ce qui s’en vient pour toi?
Je voudrais continuer à écrire, mais me tourner vers les scénarios. Peut-être même réaliser des films. J’adore produire. J’ai déjà un scénario en préparation pour lequel je suis très enthousiaste. Ça s’intitule Lipstick Palm, et ça parle de deux filles qui partent faire la fête et qui tuent leur sugar daddy par accident. C’est délirant. Un véritable tour de montagnes russes. Je l’ai écrit avec mon amie Sara [Apple] en 2017, et il s’est éventuellement retrouvé chez quelqu’un qui l’a lu et adoré. C’est pour ça que je dis toujours aux gens de faire des choses. Même si vous ne savez pas où ça s’en va, ça finira par se rendre à bon port. Continuez de créer. Si vous le faites avec intention, votre travail finira par trouver sa place.
Qu’en est-il de la mode? As-tu des collaborations ou des projets en cours avec des marques?
Ouais, je travaille actuellement sur une émission de télé qui portera sur la mode. Ce sera formidable et inspirant. C’est moi qui l’animerai. Les gens ont beaucoup aimé mes vidéos de mode revalorisée dans lesquelles je transforme une serviette en robe, par exemple. Ç’a pris une certaine ampleur et maintenant, nous y voilà! L’émission cherche à faire rire et à inspirer. Ce n’est pas une compétition brutale où votre carrière est en jeu, comme Project Runway. C’est plutôt l’occasion de laisser libre cours à sa créativité dans un environnement sans prétention.
Lanceras-tu un jour ta propre marque?
Non. Je l’ai déjà fait et c’est énormément de travail. Je n’avais plus de temps pour quoi que ce soit d’autre. Peut-être quand je serai plus vieille et que je n’aurai plus de bambin. Si j’ai le temps, ce n’est pas impossible.
J’ai vu que tu avais assisté à quelques défilés lors de la semaine de la mode de New York, en septembre. Qu’est-ce qui t’allume le plus à New York en ce moment?
Ce qui est génial à New York, c’est qu’il y a beaucoup de jeunes qui se lancent dans le métier. Je trouve ça super inspirant. On vient ici pour élargir ses horizons. Je ne quitterai jamais New York. J’ai essayé, mais ça n’a pas fonctionné.
Combien de temps penses-tu que tu survivrais au pôle Nord?
Oh, mon Dieu. Je préfère nettement l’été. Mais j’aime aussi l’hiver, car on peut vraiment créer un look, avec les manteaux, les chapeaux, les superpositions, les bottes… En hiver, les vêtements en jettent sérieusement. Alors qu’en été, je suis littéralement en caleçons et en t-shirt; ne m’adressez pas la parole! Cela dit, je peux survivre dans n’importe quel climat. Comme le dit si sagement Cardi B, «a hoe never gets cold».
- Photographie: Chris Maggio
- Stylisme: Briana Andalore
- Entrevue: Emilia Petrarca
- Conception du décor: Rosie Turnbull
- Coiffure: John Novotny
- Maquillage: Julian Stoller
- Manucure: Nori Yamanaka
- Assistance photo: Justin Mulroy, Justin Sarinana
- Technicien numérique: Geoffrey Leung
- Assistance stylisme: Nim Del Valle, A'Kai Littlejohn, Lou Salazar Castillo
- Assistance décor: Tyler Gilbert, Alvin Manalo
- Assistance coiffure: Sonny Molina
- Production: Lauren Noonan / ArtProduction
- Traduction: Gabrielle Lisa Collard
- Date: 13 novembre 2023


