Petra Collins, Addison Rae et Richard Kern entrent dans une maison de plage…

… et en ressortent avec la toute nouvelle collection de la marque I’m Sorry by Petra Collins, exclusive à SSENSE.

  • Par: Dora Boras
  • Photos: Richard Kern
  • Stylisme: Spencer Singer

En parcourant les planches de tendance qu’elle garde sur son téléphone, Petra Collins contemple l’univers qu’elle a assemblé avec Mimi Wade, sa collaboratrice sur I’m Sorry. On y voit des photos de gâteaux d’anniversaire à thématique tropicale, un concours de beauté ayant lieu sur une plage, et Paris Hilton, évidemment, mais aussi des éléments plus sinistres. «On a cette photo d’Isabelle Adjani dans Possession, mais en 2024, en vacances de débauche avec ses amis, explique Collins. Donc Possession en 2024. C’est vraiment chaotique.»

Exploration à la fois maléfique et saccharinée du kitsch, de l’horreur et du sexe, I’m Sorry est une extension du Petraverse où seront bientôt lancées ses premières nouvelles créations en deux ans. Si Collins est reconnue pour la richesse des univers qu’elle imagine, cette nouvelle collection pose un regard plus intimiste sur le fétiche et le fantasme grâce à de nouvelles collaborations et un tout nouveau folklore. Des souvenirs de voyage sous les tropiques, des gâteaux fantaisistes, une robe de mariée décadente et des uniformes de meneuses de claque témoignent d’un amour de l’éphémère inhérent au travail de Collins. L’une des pièces centrales de la collection est une robe de mariée courte aux épaules généreuses, évoquant les excès des années 80 et l’amour de Petra pour l’innocence. «Je n’ai jamais pensé me marier, dit-elle. Cette robe est pour moi un objet totalement insolite, et j’adore les objets insolites. Qu’est-ce que la fille I’m Sorry porterait à son mariage? C’est essentiellement cette question qui est à l’origine la collection.»

Avec une imagerie signée Richard Kern, son mentor et collaborateur de longue date, l’identité visuelle de cette nouvelle mouture de I’m Sorry est plus définie que jamais. La campagne, dont l’égérie est la chanteuse et star montante Addison Rae, capture l’esprit espiègle et sexy du spring break à l’américaine. «Addison incarne totalement la collection», dit Collins.

L’échelle de ce plus récent projet n’a nullement sacrifié la nature fondamentalement intime, joueuse et provocante du travail de Collins. Si cette dernière raffole des idéalisations fantastiques de pseudo-réalités comme terrains de jeu hyperboliques d’exploration de la psyché, son travail continue de laisser place à la vulnérabilité et à la sensualité.

Liana (à gauche) porte: robe I’m Sorry by Petra Collins. Addison (au centre) porte: haut de bikini I’m Sorry by Petra Collins. Janice (à droite) porte: robe I’m Sorry by Petra Collins.

Dora Boras

Petra Collins

En quoi la création de vêtements satisfait-elle tes impulsions artistiques différemment de tes autres projets?

Je suis une championne du travail artistique, et je crois fermement à l’importance d’avoir recours à différentes techniques afin de renforcer celle qui nous intéresse le plus. Étant avant tout réalisatrice, les vêtements ont toujours joué un rôle très important dans mon imagerie. Je les vois comme une scène de film – on en a absolument besoin pour raconter une histoire. Et c’est très agréable de travailler concrètement sur les pièces qui racontent cette histoire. En quoi est-ce donc différent? Je dirais plutôt que c’est semblable. J’aborde la mode de la même manière que la photographie. J’utilise simplement un support différent, ce qui me permet de voir une autre facette de mon travail au jour le jour.

Comment Mimi Wade et toi vous êtes-vous rencontrées? Pourquoi avoir voulu collaborer avec elle?

Je connais son travail depuis toujours. Je me souviens que durant mes premières années à New York, j’achetais ses vêtements chez Opening Ceremony. Elle créait des chemises originales et très mignonnes avec un petit col en dentelle. Et puis, à Los Angeles, je me suis dit: pourquoi ne pas passer du temps avec elle? Nous ne l’avions jamais fait et il y a tellement de similitudes entre nous deux. Ça me paraissait logique de l’impliquer dans la première collection parce qu’elle me rappelle la fille I’m Sorry; elle a une vie très compliquée. Elle a cette histoire incroyable avec sa grand-mère. Ça aussi, ça fait partie de mon travail. Si je suis parfois obsédée par les choses adorables et douces, c’est parce que je ne suis pas comme ça, à l’intérieur, que je n’ai pas vraiment connu ça. Et je crois qu’elle me ressemble là-dessus. Quand on s’inspire de la dureté pour créer quelque chose de très mignon, on obtient un produit vraiment unique, étrange et fascinant.

Comment ton expérience de Los Angeles influence-t-elle la collection?

Un autre élément de cette collection qui me semble très clair, c’est que Mimi et moi avons déménagé à Los Angeles en même temps. Et aucune de nous deux n’est Américaine. Je pense donc qu’on a une expérience très spécifique de Los Angeles, qui nous apparait très nouvelle à toutes les deux. Et ça joue un rôle important. Je crois que Los Angeles est un élément central de la collection. Ces vacances d’été pourraient même se dérouler à Malibu. Je crois qu’une autre grande partie de la collection est notre amour pour ce que Los Angeles a de plus bizarre et clandestin. Il y a beaucoup de L.A. dans la collection, selon moi.

Qu’est-ce qui t’interpelle autant dans les babioles et les souvenirs de voyage?

Je crois qu’ils symbolisent une forme d’innocence très touchante. On voit les souvenirs et babioles comme étant des objets ringards et sans valeur, mais je leur trouve une certaine vulnérabilité, tout simplement parce qu’ils sont ce qu’ils sont. En ce moment même, je regarde mon réfrigérateur, et je collectionne les aimants et les cartes postales de chaque ville que je visite. Ce sont des bagatelles, mais je les adore. Je regarde actuellement un gros aimant pailleté qui dit «I love New Mexico». J’ai aussi un aimant en forme d’extra-terrestre qui a été fait main à Roswell, et un autre de Cicciolina qui vient de quelque part au Monténégro. C’est le genre d’objets qui, parce qu’ils n’ont rien de sérieux et ne coutent pas cher, rappellent les vacances et les voyages passés. Je les trouve très américains.

Y a-t-il un lien entre la façon dont ces objets de collection et toi, en tant que photographe, immortalisez certains moments?

Oui, sans aucun doute, parce que ces babioles, tout comme mes premières photos, tentent de capter un moment idyllique qui n’existe pas vraiment. Et c’est exactement ce que je faisais parce que quand j’ai commencé à pratiquer la photographie, je ne vivais pas vraiment la vie d’une adolescente. Je viens d’un milieu familial très instable. J’ai été dans une relation abusive. J’étais très, très jeune, et je photographiais ce qui, selon moi, représentait l’adolescence dont je rêvais. Mes images avaient quelque chose de sombre, évidemment, parce que je l’étais, et que je vivais de la souffrance. Mais je tentais de créer de jolies images de l’adolescence. Je crois que c’est exactement le même principe qu’une babiole de boutique de souvenirs.

Qu’as-tu tenu à faire différemment cette fois-ci?

Je voulais faire moins de vêtements de détente. Cette fois-ci, on a enfin pu travailler avec plusieurs tissus différents et faire des trucs plus complexes.

Qu’est-ce qui différencie le plus les deux collections?

L’histoire. L’histoire qu’on raconte sera différente à chaque collection, et chaque artiste avec qui je collabore a sa propre vision de mon travail et de l’univers I’m Sorry. En juillet, il y a de nombreux mariages. On peut se permettre d’être un peu plus osé en été parce qu’il fait chaud, que les gens sortent et qu’ils veulent faire des rencontres.

Quels sont tes morceaux préférés?

La robe de mariée était importante pour moi. La robe à écharpe est ma préférée, je pourrais la porter tous les jours. C’est pratiquement ma robe shadow banned, que j’adore. Elle est en quelque sorte un acte de rébellion parce qu’il y est écrit I’m Sorry, mais elle est entièrement transparente. On a aussi un short, un soutien-gorge et un chapeau à oreilles de chat en cuir. Ils ont un petit quelque chose de fétichiste qui me plait beaucoup pour l’été. C’est un matériau génial, j’adore le cuir. J’en porte d’ailleurs beaucoup. J’étais très contente qu’on puisse fabriquer le short avec «help» écrit à l’arrière, le bikini et le chapeau en cuir, qui fait très Mimi, d’ailleurs, mais me rappelle aussi Irma Vep.

Quel est l’apport de Richard Kern à la collection?

J’ai toujours admiré son travail. C’est également un ami. J’ai travaillé avec lui très souvent, et je crois que mon côté sexy et espiègle est équilibré par son approche plus clinique. Je crois que son travail m’excite autant parce qu’il faut toujours jouer avec des opposés pour rendre justice aux vêtements. Et c’est plus agréable pour moi de diriger quelqu’un quand je peux être vraiment impliquée. Richard a publié un livre qui s’appelle New York Girls. Il travaille sur une série géniale à Miami. On avait besoin de cette juxtaposition de folie et de luxure avec l’esthétique clinique et impeccable de ses photos.

Pourquoi Addison Rae?

Elle incarne totalement la collection. Elle est drôle, sympathique et sexy. Je trouve que les gens la photographient toujours d’une façon très spécifique, et j’aime la montrer sous un jour différent. Elle a un côté espiègle.

Qu’est-ce qui t’inspire et t’intrigue ces temps-ci?

Matthew Barney – je l’adore – et je reviens tout juste de son exposition à Paris. Je suis sur une tournée des œuvres de Matthew Barney, parce qu’après l’exposition à Paris, j’ai vu sa projection de Cremaster à Los Angeles. C’est une série qui m’a énormément inspirée et que j’ai adoré voir en salle.

  • Par: Dora Boras
  • Photos: Richard Kern
  • Stylisme: Spencer Singer
  • Mettant en vedette: Addison Rae
  • Direction créative: Petra Collins
  • Direction artistique: Thom Bettridge
  • Coiffure: Tiago Goya / Home Agency
  • Maquillage: Yuki Hayashi / CLM
  • Manucure: Sojin Oh
  • Conception du décor: Niamh Hannigan
  • Production: Chloe Snower
  • Modèles: Janice Kim, Liana Perlich
  • Assistance photo, RK: Olivia Parker
  • Assistance photo, PC: Steve Yang
  • Assistance stylisme: Ray Braungart
  • Assistance coiffure: Ramdasha Bikceem, Drew Martin
  • Assistance mise en beauté: Helina Zhao
  • Assistance décor: Misha Lindes
  • Assistance maquillage: Arielle Park, Valerie Vitko
  • Coordination de la production: Claire Murphy
  • Assistance à la production: Megan Rodricks
  • Montage: Yazz Jansen
  • Collection conçue en collaboration avec: Mimi Wade
  • Traduction: Gabrielle Lisa Collard
  • Date: 18 juillet 2024