En dehors des défilés, le vrai spectacle
Qui sont ces gens qui s’amassent à l’extérieur des évènements de mode? Et qu’espèrent-ils voir?
- Texte: Steff Yotka
- Photos: Adam Powell
- Vidéos: Skyler Dahan

Parvenir à assister à un défilé sans invitation représente un rite de passage dans l’industrie. Un exploit qui implique de flâner à l’extérieur des lieux où se déroulent les évènements, de repérer les entrées, de tenter de se faufiler entre deux rédactrices en chef, ou même de donner un faux nom pour déjouer avec audace le ou la responsable des relations publiques qui monte la garde devant la porte. Essayer de s’infiltrer dans le saint des saints représente sans contredit une étape essentielle du parcours des fanas de mode.
Mais c’est un nouveau genre de fanas qui caractérisent l’industrie depuis le début des années 2020 – et ces fanas se contrefichent d’assister aux défilés.
On voit parfois des centaines de personnes attroupées à l’extérieur des défilés à Paris. Au début, les foules étaient petites: tout juste une poignée de jeunes nourrissant l’espoir d’apercevoir Rick Owens à la sortie du Palais de Tokyo. Désormais, les défilés attirent une foule si fanatique que la police doit établir un périmètre de sécurité, ériger des barricades et établir une présence plusieurs jours avant l’évènement. Une démarche tactique visant à empêcher quiconque de s’approcher de Jisoo ou Rosalía de trop près. Même que certaines marques, comme Christian Dior, prennent encore davantage de précautions, allant jusqu’à créer un second espace gardé, accessible uniquement aux chauffeurs et aux photographes accrédité·es, afin de permettre l’immortalisation de moments clés comme la sortie d’une voiture ou l’entrée sur une passerelle.
Ce qui ne semble aucunement décourager les fanas nouveau genre. Une adepte de Jisoo excitée comme une puce a fait la queue pendant près de deux heures à l’extérieur du défilé de Dior cette saison. «Si je la vois, je vais tout simplement hurler!», a-t-elle expliqué. Une autre, qui se trouvait juste devant le barrage de police autour de l’entrée VIP, faisait le pied de grue depuis quatre heures. «Je veux faire une vidéo sur la semaine de la mode pour l’école, a-t-elle dit. Je voulais voir Jisoo parce qu’elle est très belle, mais elle est déjà à l’intérieur.» Loin d’être dépitée, elle continuait d’attendre, espérant l’attraper à sa sortie.
C’est là le lot des superfans: suivre des célébrités aux quatre coins du monde dans l’espoir d’une rencontre, aussi fugace soit-elle. Il en existe d’ailleurs une autre variété, soit les photographes non professionnel·les qui attendent patiemment sur les trottoirs et les barrières. Un homme, qui a refusé de dévoiler son nom, s’était non seulement rendu à presque chacun des grands défilés de la semaine – «Saint Laurent, Etam, LOEWE, Chanel…», m’a-t-il débité – mais aussi à la Mostra de Venise. Qu’est-il advenu des photos qu’il a prises avec son appareil photo numérique? Mystère et boule de gomme.













- Texte: Steff Yotka
- Photos: Adam Powell
- Vidéos: Skyler Dahan
- Traduction: Camille Desrochers
- Date: 22 octobre 2024

