La Semaine de la mode de Shanghai transcende toutes attentes
Alex Kessler, le rédacteur en chef de SSENSE, y participait pour la première fois et y a découvert des designers au talent remarquable.
Oh, et une cuisine exquise.
- Texte: Alex Kessler

Quelques jours après mon arrivée à Shanghai, j’ai pu profiter d’une rare accalmie entre mes visites dans des boutiques de pointe, les défilés de mode, mes promenades en voiture de luxe, l’anxiété causée par le fait que je n’avais pas de réseau privé virtuel (RPV) ainsi que les montagnes de dumplings que j’ai (trop souvent, honte à moi) englouties. J’ai pris une pause de ce tumulte effréné au restaurant The House, situé dans le quartier Xintiandi, où j’ai rencontré Landon Du, le directeur de la Semaine de la mode de Shanghai. Nous avons siroté un thé et il m’a expliqué la vision avant-gardiste dont fait preuve sa ville en matière de mode.
« La semaine de la mode de Shanghai a été créée en 2003 par le gouvernement de la ville de Shanghai. L'actuelle secrétaire générale, Lv Xiaolei, plus connue sous le nom de Madame Lv, a joué un rôle clé dans l'établissement de sa réputation au cours de la dernière décennie », a expliqué Du. « Elle souhaitait encourager les designers de la relève. Les choses se sont réellement mises à changer en 2012, quand les créateur·ices ayant étudié à l’étranger ont commencé à revenir en ville, prouvant du même coup à quel point la mode chinoise peut avoir un puissant impact.»
Tout au long de la semaine, j’ai pu constater depuis les premières loges la profondeur et la complexité de la scène de la mode shanghaïenne en m’entretenant avec des designers, des journalistes et des spécialistes de cet univers foisonnant. Voici le compte-rendu de mon voyage, au jour le jour.
Jour 1

SHUSHU/TONG avec l’aimable autorisation de LABELHOOD. Image du haut : Moncler, photo par Jedi Zhou.
Atterrir dans la capitale de la mode chinoise m’a donné l’impression de poser les pieds dans un futur utopique; je ne m’attendais pas du tout à une telle expérience. Même si j’avais rigoureusement préparé mon voyage, une fois sur place, j’ai réalisé que je ne pouvais pas utiliser mon téléphone et mon RPV. Ne pas avoir accès à Slack ou à Instagram m’a causé beaucoup d’anxiété. Étrangement, je me sentais à la fois excité et isolé, comme si la ville bourdonnait autour de moi tandis que j’étais coincé dans un silence radio numérique. Je vous assure qu’après mon interminable vol (et mon besoin désespéré de prendre une douche), cet imprévu menaçait de me faire pleurer. On m’a heureusement conduit de l’aéroport à l’hôtel dans une Mercedes (rien de moins, bien sûr), et ensuite directement à mon premier défilé.
Dans le quartier Xintiandi, sous l’une des deux tentes aménagées en partenariat avec Mercedes-Benz – le centre névralgique de l’évènement –, j’ai pu admirer la collection de Xiao Li, composée de tenues de plage à froufrous et de robes qui semblent, malgré leur excentricité, conçues pour être portées au quotidien. J’ai par ailleurs raté le défilé de Samuel Guì Yang qui se déroulait en même temps et ça m’a un peu agacé. En ce samedi après-midi ensoleillé, en raison du décalage horaire, je somnolais dès que je m’assoyais quelque part. J’ai eu un gros coup de cœur pour mon voisin de siège, Leif, un investisseur suédois d’une quarantaine d’années qui vit à Shanghai depuis plus d’une décennie et dont la présence me paraissait un cadeau tout droit tombé du ciel. J’ai compris au fil de notre discussion qu’il était très optimiste quant à l’essor de la mode chinoise, malgré le climat économique actuel qui appelle à la prudence. Je lui ai mentionné que j’avais fait connaissance avec Angel Chen pendant mes études et il a aussitôt pris un égoportrait de nous deux pour le lui envoyer.
On a enchainé avec le défilé de la créatrice sino-américaine Joyce Bao, dont j’ai déjà parlé en début d’année dans un article sur Central Saint Martins (CSM). Elle a repris des éléments de sa collection de fin d’études, comme des accents en corsèterie légère, tout en introduisant de nouvelles silhouettes collées à sa présente proposition esthétique, notamment des pantalons gonflants et des blousons structurés. Même si son talent demeure indéniable, je suis resté sur ma faim. N’en demeure pas moins que Bao figure parmi les designers de la relève à surveiller de près. «Ma première collection vise à donner le ton: d’une part, la modernisation de l’artisanat, de l’autre, la coexistence entre délicatesse et force, a-t-elle déclaré après sa présentation. Je souhaite également lancer un appel aux femmes, car c’est quelque chose qui dépasse le langage; ça se présente sous la forme de produits accessibles.»
Plus tard, j’ai rencontré Blake Abbie, le rédacteur en chef de la publication A Magazine Curated By, et il m’a fait visiter la salle d’exposition de LABELHOOD. Fondé par Tasha Liu, ce magasin repère les talents émergents pour leur permettre de présenter et de vendre leurs créations dans six de ses boutiques situées à Shanghai. Abbie m’a aussi aidé à retrouver le chemin de mon hôtel; je n’avais toujours pas de carte SIM pour mon cellulaire (ni accès à un RPV). «Je viens ici depuis 2017 et ça m’énergise vraiment, m’a-t-il confié. Le marché chinois peut sembler hermétique, surtout depuis la COVID, mais ç’a permis aux designers de construire leur propre univers, à l’abri des fortes influences occidentales.»
J’ai assisté en soirée aux défilés de JUDYHUA et de OUDE WAAG. Le premier misait sur les vêtements noirs rehaussés par des touches néon éclatantes, avec certaines créations réussies et d’autres un peu moins convaincantes. En revanche, le fondateur de la marque OUDE WAAG, Jingwei Yin, a dévoilé une collection étonnante et très sexy qui témoigne de son savoir-faire technique acquis grâce à ses collaborations avec Haider Ackermann et Hussein Chalayan. Après une journée riche en évènements, ça me paraissait évident que les looks excessifs et les bandes sonores jouées en boucle constituaient une erreur. J’avais besoin d’une soupe aux nouilles et aux wontons pour me détendre.
Jour 2

WMWM avec l’aimable autorisation de LABELHOOD.

Moncler, photo par Jedi Zhou.
Après un délicieux déjeuner composé de xiǎolóngbāo, j’ai passé la journée avec Gemma A. Williams, collaboratrice régulière des magazines Forbes et Vogue Business, qui visite Shanghai depuis 2014. «La scène a évolué d’une manière stupéfiante, m’a-t-elle confié. À l’époque, les marques indépendantes commençaient à peine à émerger – on connaissait des noms comme Uma Wang et Xander Zhou, mais ces designers ne jouissaient pas toujours d’une visibilité. Les foules sont moins nombreuses cette saison et les défilés, plus concis; il y a moins d’effervescence dans les rues, ce qui reflète probablement les défis économiques plus larges auxquels on fait face.»
Nous avons pris la route pour visiter le bâtiment not SHOWROOM, situé à près d’une heure de la ville, afin d’explorer les espaces de griffes qui occupent ses trois étages. Nous y avons rencontré des designers comme Rui Zhou, qui fait affaire sous la marque RUIbuilt, et Yuhan Wang, une vieille amie de l’époque où j’étudiais à CSM. Nous y avons aussi découvert les pièces éthérées de Louis Shengtao Chen – qui n’était pas sur place – ainsi que l’œuvre du créateur de mode masculine Zhuoran Xiao, de la marque ZR, qui fabrique des vêtements fonctionnels, un brin gorpcore, aux nuances ardoise. J’ai d’ailleurs eu envie de commander sur-le-champ l’un de ses magnifiques blousons à col. Nous avons ensuite mangé de délicieux plats shanghaïens traditionnels à l’heure du diner, comme du poisson frit et des crevettes accompagnées de fleurettes de brocoli. Mon guide pour la journée, Xinhui Chen, m’a aidé à résoudre mon problème de cellulaire, et j’ai pu officiellement revenir sur le web, même si ça se résumait surtout à publier des messages par intermittence en utilisant un point d’accès sans fil et une connexion wifi partagée.
Je suis arrivé en retard à notre prochain arrêt, le défilé de Ontimeshow, mais j’y ai croisé des visages que je connais, comme la créatrice Yueqi Qi. Elle m’a fait découvrir sa nouvelle collection élégante et complexe qui comprend des pièces conçues en collaboration avec adidas et la marque KNWLS, menée par Charlotte Knowles et Alexandre Arsenault. Le fait que tout le monde a une photo de son chat sur l’écran de veille de son cellulaire nous a d’ailleurs permis de sympathiser.
Plus tard, le souper a pris une allure spectaculaire; on nous a servi des dumplings en forme de cygne, des carottes et des mooncakes présentés dans un nuage de glace carbonique. Nous avons continué la soirée en explorant les créations vaporeuses de Hengdi Wang, qui ressemblent un peu à des costumes. J’ai ensuite eu le plaisir de découvrir la marque AO Yes, qui occupe désormais une place privilégiée dans mon cœur grâce à son interprétation moderne de l’esthétique chinoise traditionnelle. Ses vêtements minimalistes aux somptueuses teintes pastel constituent des incontournables qui feront certainement tourner les têtes (et oui, on peut les acheter sur le site de SSENSE).
Jour 3

AO YES, avec l’aimable autorisation de LABELHOOD.

AO YES, avec l’aimable autorisation de LABELHOOD.
J’ai commandé mon déjeuner depuis ma chambre d’hôtel – des dumplings, du congee et des bâtonnets de pâte frits (j’allais bientôt me transformer en ravioli) –, puis je me suis rendu au TUBE Showroom. J’y ai rencontré les designers Mark Gong et Jacques Wei, dont j’avais manqué les défilés en raison de mon arrivée tardive à Shanghai. Gong m’a présenté sa collection inspirée par Charlotte York, de Sex and the City, qui comprend une robe virale ornée au dos d’empreintes brodées à la main (un clin d’œil à un épisode légendaire mettant en scène Charlotte, bien qu’il m’ait confié qu’elle est le personnage de la série qu’il préfère le moins). Wei, quant à lui, m’a parlé avec lyrisme de la manière ultraluxueuse dont il célèbre la féminité, notamment avec des coupes si exquises que j’aurais pu en mourir. L’une de ses robes comporte même de véritables fils d’or et elle se vend pour le prix exorbitant de 30 000$, rien de moins. «On se voit à Paris», m’a-t-il lancé. J’ai également découvert office h, une griffe de mode masculine dirigée par Zewei Hong qui démontre beaucoup de potentiel avec sa vision colorée et bouffante du streetwear de luxe (exposée lors d’un défilé que j’ai malheureusement raté).
J’ai aussi rencontré le top-modèle Xiao Wen Ju, qui vient de fonder la griffe STRUCTURA avec son mari, Jin Dachuan, lui aussi modèle. Leurs vêtements sont impeccablement taillés, même si certains spécialistes avancent qu’il s’agit simplement d’une autre marque de célébrités sans profondeur. Après avoir essayé quelques-unes de leurs pièces, je ne suis pas d’accord: elles sont confortables et précises. Naturellement, nous avons pris une photo devant un miroir pour le «gram».
Après un délicieux diner (encore des dumplings, bien sûr) au Din Tai Fung avec mon guide du jour, Yugie Gu, j’ai assisté à quelques défilés en après-midi. Tout d’abord, celui de Short Sentence organisé dans le quartier Xintiandi, marquant pour ses tons vibrants et ses imprimés superposés de manière ludique. Toutefois, je me demande si ses pièces se distingueraient en dehors du stylisme propre à la présentation. Et une fois de plus, la bande sonore jouée en boucle m’a rendu fou (le décalage horaire accentuant mon impatience).
En soirée, j’ai gouté pour la première fois à la cuisine du Yunnan en compagnie de mes ami·es du milieu de la mode, lors d’un souper orchestré par Gia Kuan et Bohan Qiu, deux sommités des relations publiques. S’y trouvaient également Blake Abbie, José Criales-Unzueta de Vogue Runway, le photographe Peter Ash Lee et bien d’autres gens encore. Nous avons assisté au défilé de WMWM, qui se déroulait tout près, lors duquel les modèles habillés comme des marins au grand charme ont attiré mon attention. Certains ensembles de shorts de la griffe doivent d’ailleurs absolument se retrouver dans ma garde-robe l’été prochain.
Jour 4

STAFFONLY avec l’aimable autorisation du Conseil de la mode de Shanghai.

STAFFONLY avec l’aimable autorisation du Conseil de la mode de Shanghai.
Aujourd’hui a constitué une journée chargée pour SHUSHU/TONG et Angel Chen, les marques vedettes de Shanghai. Comme j’avais du temps libre ce matin-là, j’en ai profité pour manger en solitaire dans un restaurant de brunch local après une petite séance de rédaction; mon repas comprenait des nouilles au sésame et, vous l’aurez deviné, des dumplings… Oh, et des galettes de crevettes frites (que j’ai adorées). J’ai rencontré Criales-Unzueta lors de la présentation de la griffe Assignments, qui se tenait chez LABELHOOD, où nous avons vu des modèles se pavaner dans de jolies petites robes et minijupes aux nuances crème. Ensuite, nous avons visité la boutique PRONOUNCE pour faire connaissance avec le duo de designers Yushan Li et Jun Zhou, dont les gouts et la manière de concevoir des vêtements m’ont beaucoup impressionné.
Un peu plus tard, l’heure du grand spectacle a sonné. LABELHOOD a réservé sa plus importante salle d’exposition à SHUSHU/TONG et l’a transformée en une fausse piscine aux murs recouverts d’un carrelage turquoise. Dans une mise en scène à gros budget, les tenues étaient ravissantes: des vêtements preppy originaux fidèles à ses silhouettes coquettes emblématiques (mais un peu plus matures qu’à l’habitude), malgré quelques styles empruntant un peu trop à Prada (oui, le deux-pièces doré issu de sa collection printemps-été 2009). Qu’à cela ne tienne, on avait affaire à de très jolis looks.
Angel Chen a poursuivi la soirée après trois ans d’absence sur la passerelle, et tout le monde attendait son retour avec impatience. Nous avions entendu des rumeurs à propos d’un petit drame d’annulation en lien avec des problèmes familiaux au sein de son équipe, mais ça n’a pas empêché la designer de revenir en force. Surnommée la John Galliano régionale par les médias chinois, Angel Chen a comblé toutes les espérances avec ses chapeaux audacieux évoquant les pièces antérieures de ce designer. La créatrice nous a dévoilé sa collection qui rend hommage à l’héritage chinois et qui met en valeur l’artisanat traditionnel dans un décor marqué par le sable, l’herbe et des statues de chevaux. Je suis reparti de là surstimulé et ambivalent: était-ce chaotique ou génial? La minceur des modèles et l’absence de diversité corporelle commençaient à devenir difficiles à ignorer.
Jour 5

Ya Yi, avec l’aimable autorisation du Conseil de la mode de Shanghai.
J’ai commencé la matinée avec – désolé pour la redondance – des dumplings (je vous épargne les détails). Ensuite, Abbie a offert à Criales-Unzueta et moi-même une séance de massothérapie traditionnelle qui nous a fait un bien fou. On m’a pétri comme de la pâte à pain, on m’a transformé en bretzel et on m’a fait craquer le dos jusqu’à ce que je retrouve pleinement la forme. C’était formidable.
Dans la voiture, après notre massage, j’ai demandé à José, qui a couvert les défilés de la ville au cours de la dernière année, ce qu’il pensait du milieu de la mode de Shanghai. «Lors de ma première saison passée ici, la métropole me semblait gigantesque; c’était juste après le deuxième confinement, m’a-t-il expliqué. L’ampleur des choses a depuis diminué, et ça constitue un défi pour les designers.»
Nous avons poursuivi la journée au défilé de Ya Yi, qui a eu lieu sous l’une des tentes de Xintiandi, et où la demi-finaliste du prix LVMH 2024 a incontestablement prouvé son savoir-faire en matière d’élégance moderne et de constructions impeccables. Une performance en direct mettant en scène des modèles qui jaillissaient de boites en papier a par ailleurs ajouté une agréable touche théâtrale. Nous avons ensuite assouvi notre appétit et notre soif avec des frites et des jus de fruits dans un endroit non loin de là, puis avons assisté à la présentation de JE CAI, dont les modèles qui arboraient des tenues techniques et modulables ont marché sur la passerelle en compagnie de chiens. La présence d’un modèle non voyant et de son guide canin, lequel semblait effrayé par l’éclairage clignotant et a dévié légèrement de sa trajectoire, a créé un certain malaise, mais dans l’ensemble, on nous a exposé de beaux vêtements.
J’ai terminé la journée en soupant en compagnie d’une personne avec qui j’ai étudié à CSM. Nous avons mangé des plats parfumés et épicés du Xinjiang, dont certaines saveurs me rappelaient la cuisine marocaine.
Jour 6

OUDE WAAG avec l’aimable autorisation de LABELHOOD.

SHUSHU/TONG avec l’aimable autorisation de LABELHOOD.
J’ai fait la grasse matinée et ça m’a permis de me ressourcer. Après des dimsums chez Tao Tao Ju pour le brunch – où j’ai accidentellement commandé assez de plats pour nourrir une famille de quatre personnes –, je me suis rendu au XC273, une boutique conceptuelle appartenant à Ying Zhang, qui a fondé le not SHOWROOM. J’y ai rencontré Blake Abbie par hasard, ainsi que Kiko Kostadinov et sa femme, Deanna Fanning. Laura Fanning, la sœur jumelle et associée de cette dernière, dormait encore à cause du décalage horaire. Ce magasin, une oasis de béton de quatre étages, met en vedette plusieurs marques comme Kiko et Ximon Lee, dont j’allais voir le défilé plus tard. Nous y avons exploré un espace consacré à des archives et le propriétaire des lieux, Brain, nous a montré son immense collection, qui comprend des pièces de CELINE imaginées par Phoebe Philo et des morceaux de Balenciaga conçus par Nicolas Ghesquière. J’ai finalement pu me procurer un short structuré en feutre orné de motifs camouflage de style pop art et floraux issu de la collection automne-hiver 2012 de la griffe Comme des Garçons, que je convoitais depuis des années.
J’ai terminé ma soirée au défilé de Ximon Lee et, même si ça ne faisait pas partie de mon plan initial, je suis ravi d’y avoir assisté. Sa collection remplie de pièces très légères et festives – donc parfaites pour les discothèques – comporte également suffisamment de boxers (une obsession personnelle) pour que je ne m’ennuie pas. Ensuite, Abbie m’a aidé à commander des nouilles locales apprêtées à la main avant que je retourne à l’hôtel pour passer quelques appels. Je suis toujours en train de travailler, après tout.
Jour 7

office h, avec l’aimable autorisation du Conseil de la mode de Shanghai.
Le lendemain matin, j’ai mangé vous-savez-quoi avec Daniel Rodgers, du magazine British Vogue, qui se trouvait en ville pour l’évènement de Moncler prévu le jour suivant. On a déambulé sur le boulevard Bund, pris quelques photos amusantes (de moi, surtout), puis je suis retourné à mon hôtel pour me joindre à l’équipe de la Semaine de la mode de Shanghai.
J’ai ensuite rencontré Du, le directeur de la Semaine de la mode de Shanghai, pour boire un thé près de mon hôtel. Lorsqu’il m’a demandé mon avis sur l’évènement, je n’ai pas hésité: je lui ai suggéré de diminuer le nombre de défilés et de peaufiner la production musicale qui les accompagne. Il semblait très ouvert aux commentaires et ça faisait agréablement changement.
Plus tard dans la journée, j’ai discuté avec la fondatrice de LABELHOOD, Tasha Liu, qui m’a fait visiter ses superbes boutiques dont les décors chics conçus avec le plus grand soin resplendissaient, et dont le moindre recoin témoignait de son gout immaculé. Son soutien infaillible pour les talents de la relève m’a tout autant impressionné. «J’ai lancé en 2011, avec mon ancien partenaire, le magasin Dongliang, où l’on vendait les produits de plusieurs marques. En 2014, on a commencé à collaborer avec la Semaine de la mode de Shanghai afin d’aider les designers à faire connaitre leur œuvre, m’a-t-elle expliqué. Cette plateforme indépendante nous permet de trier sur le volet les griffes qu’on veut encourager. En 2016, j’ai fondé LABELHOOD à mon compte dans le but d’en faire une vitrine officielle. Notre objectif est simple: soutenir les designers de la Chine. Je repère de nouveaux talents en fonction des traits uniques qui les distinguent en tant que personnes; c’est précisément leur singularité qui donne lieu à des créations vraiment intéressantes.»
J’ai poursuivi ma soirée dans un évènement organisé dans le magasin de la marque ASICS, en compagnie de l’équipe de Kiko, puis je l’ai terminée en soupant dans un restaurant local (où j’ai savouré le meilleur repas de mon séjour).
Jour 8

Short Sentence, avec l’aimable autorisation du Conseil de la mode de Shanghai.
Pour souligner la fin de mon aventure à Shanghai, je suis retourné au Tao Tao Ju pour un dernier festin de dimsums; je ne pouvais pas risquer de revenir chez moi avec des regrets culinaires. Après un arrêt rapide au Nice Rice, un magasin branché, pour acheter une chemise à mon amoureux, je suis rentré à l’hôtel pour me préparer à une veillée marathonienne, gracieuseté de Moncler Genius.
J’ai consacré le restant de mon voyage au travail, puisqu’il fallait réaliser du contenu visuel pour SSENSE. À l’occasion de la semaine de la mode, on avait transformé un énorme chantier naval historique de 28 000 mètres carrés en un minivillage dans lequel chaque designer a créé son propre univers. J’y ai rejoint à l’avance notre photographe Jedi Zhuo et notre productrice Yve Xu à l’entrée du site, et nous avons commencé la soirée dans une atmosphère marquée par le chaos et d’heureux hasards. Nous avons eu le privilège d’assister à l’arrivée de Rihanna, drapée de la tête aux pieds dans une tenue signée Moncler by A$AP Rocky. Nous avons même aperçu Rick Owens et Michèle Lamy qui se promenaient main dans la main sur une voie privée. La chance a continué de nous sourire parce que nous avons mis la main sur des places de choix pour la présentation d’A$AP Rocky, avec une vue imprenable sur Rihanna et son homme qui la regardaient ensemble – un moment inoubliable qui vaut de l’or. Le défilé de Jil Sander a lui aussi été remarquable, faisant la part belle à de magnifiques looks se déclinant dans des tons de rose, de crème et de rouge.
Même si je souhaitais m’endormir immédiatement après ma soirée, le sommeil m’a échappé alors que je repensais à mon séjour à Shanghai, à ce périple initiatique en plein cœur de Shanghai, l’épicentre de la mode chinoise. Les gens de la ville comme de l’industrie, que je les connaisse déjà ou non, m’ont accueilli à bras ouvert; je me trouvais chanceux d’être ici, même si les 14 heures de vol qui m’attendaient pour rentrer à la maison m’angoissaient. En fin de compte, une chose m’apparait certaine: les personnes qui ne s’intéressent pas aux designers de la Chine passent vraiment à côté de quelque chose. Évidemment, il y a encore place au progrès, notamment en ce qui concerne le choix plus réfléchi des looks, la production sonore et la représentativité corporelle. Cela dit, la Chine brille indéniablement par sa créativité contagieuse... Et oui, manger des dumplings tous les jours, c’est aussi agréable que ç’en a l’air.
- Texte: Alex Kessler
- Traduction: Francis Rose
- Date: 25 octobre 2024

